Une longue mise en route, pour une sortie au summum

Note arrivée au Cambodge a été très mouvementée. Entre l’agitation de l’environnement, les conditions sanitaires plus rudes qu’en Thaïlande, la difficulté pour se déplacer à pied, les problèmes de santé qui se sont enchaînés et qui ont touché tous les membres de la famille les uns après les autres, nous n’avons pas su apprécier ce pays à sa juste valeur dès les premiers instants. Avec le recul, nous avons pris une mauvaise décision en choisissant, comme nous le faisions depuis déjà un mois, des logements sommaires et avec un confort relatif, dès notre arrivée. Cela se passait très bien en Thaïlande, donc nous avons supposé qu’il en serait de même pour le Cambodge. Mais la logistique et la fatigue a pris une place trop importante dans notre quotidien. On a beaucoup douté, on a hésité à écourter le séjour dans ce pays et de passer directement au suivant, voire même à rentrer pour continuer notre voyage en fourgon en Europe. Mais on s’est donné la chance de changer d’avis en persévérant quelques jours. Nous avions entendu beaucoup de retours positifs sur le Cambodge et nous ne voulions pas passer à côté d’une belle expérience. On a changé notre manière de voyager pendant quelques semaines. Nous avons fait le choix de moins nous déplacer (nous n’avons séjourné que dans 4 villes différentes contre 7 en Thaïlande), et de choisir des logements mieux équipés. Nous avons essayé de mettre toutes les chances de notre côté pour poursuivre cette belle aventure en Asie. Et le résultat a été au-delà de nos espérances, puisque la deuxième partie du séjour s’est révélée être un vrai coup de cœur. Nous avons découvert un Cambodge touchant, artisanal, authentique, des paysages natures et préservés à perte de vue, et dont l’intensité des relations n’a rien à envier à la Thaïlande. Nous sommes repartis avec un goût d’inachevé et il n’est pas impossible qu’un jour nous revenions clore ce chapitre.

L’histoire du pays, en quelques mots

On ressent une certaine influence française au Cambodge, notamment à travers un certain nombre de cambodgiens qui ont les bases de la langue française, des produits français importés qui sont plus nombreux qu’ailleurs, on trouve des boulangeries dans chaque grande ville… Et pour cause, entre le 16ème et le 19ème siècle, le pays connaît une forte décadence, les héritiers du trône se déchirent et le Cambodge est en proie à des invasions étrangères. La situation évoluant de plus en plus mal, en 1863 le roi Norodom met le pays sous la protection de la France. L’arrivée des Français calme les tensions dans le pays, les territoires perdus sont restitués au Cambodge et le pays se reconstruit petit à petit. La période de colonisation française se termine au milieu du 19ème siècle, après la seconde guerre mondiale. Alors que la France est affaiblie par sa défaite en Indochine et que le nationalisme grimpe au Cambodge, le pays obtient alors son indépendance en 1953. Le Cambodge connaît alors une période heureuse et prospère jusqu’en 1970, lorsqu’un coup d’éclat du général Lon Nol (allié des américains) brise cette belle harmonie en renversant la monarchie. C’est à cette période que le Cambodge vit le plus grand drame de son histoire. Lon Nol instaure un régime militaire et cinq ans plus tard, il est chassé du pouvoir par les khmers rouges de Pol Pot. Ce dernier impose un régime dictatorial et sanguinaire qui est hostile aux intellectuels, aux citadins, aux minorités ethniques et aux Vietnamiens. Notre guide nous a expliqué que le simple fait de porter des lunettes suffisait à être tués. Donc beaucoup de cambodgiens n’en portent toujours pas, car le traumatisme de ce qu’ils ont vécu a laissé des stigmates qui n’ont toujours pas disparus. La population cambodgienne, qui était à l’époque au nombre de 8 millions de personnes, a perdu près de 3 millions de citoyens (entre les génocides, les tués au combat, les maladies, la famine…). A cet instant, le pays est à genoux et le traumatisme est sans précédents. Les khmers rouges ont été chassés en 1979 par l’armée vietnamienne et le pays recommence doucement à se stabiliser. Ce n’est qu’en 1990, que les troupes vietnamiennes se retirent et que le royaume passe à une période de paix, de reconstruction et de démocratisation.

Nous avons été touchés très rapidement par l’histoire terrible de ce pays, d’autant plus qu’elle est relativement récente. Un certain nombre de cambodgiens l’ont vécue étant enfants et s’en souviennent très bien. Nous nous sommes faits la réflexion, qu’il n’y avait quasiment pas de personnes âgées au Cambodge, et pour cause, la quasi-totalité est décédée pendant la période des khmers rouges. Le Cambodge n’est toujours pas totalement débarrassé des mines posées pendant la guerre, et nous croisons un nombre anormalement élevé de locaux à qui il manque une jambe.

Toutefois, ils sourient à longueur de journée, ils sont chaleureux avec les étrangers, ils vivent avec leurs traumatismes, leurs cicatrices, leurs terribles souvenirs et leurs handicaps physiques avec une incroyable résilience. Ils se déplacent à vélo en pédalant à une seule jambe sous 40°c avec le sourire, ils n’ont pas eu la chance de grandir avec leur famille mais ils se démènent pour que leurs enfants soient heureux et instruits, ils ne vivent avec rien et ils offrent des fruits ou des boissons à une famille de parfaits inconnus… Ils ont l’air en paix. Leur force de vivre et leur capacité d’adaptation face à leur histoire est une grande inspiration !

Le budget

Au Cambodge, la monnaie est le riel. A ce jour, 1 euro est équivalent à environ 4295 riels. Donc, même sans transporter des sommes énormes, le porte-monnaie est toujours rempli d’une liasse de billets qui se ressemblent mais dont aucun n’a la même valeur. Sauf qu’en pratique, c’est le dollar qui est le plus utilisé au Cambodge. Il n’y a que sur les marchés, pour les toutes petites sommes que les commerçants annoncent le prix en riels. Il faut sans cesse jongler entre les riels et les dollars, tout en ayant un ordre d’idée en tête de l’équivalence en euros. Il n’est pas rare non plus, de payer en dollars et que les commerçants nous rendent la monnaie en riels. C’est une gymnastique de l’esprit à chaque transaction.

Le fait d’utiliser les dollars, engendre des tarifs plus élevés, bien plus élevés qu’en Thaïlande. Tout est plus cher : la nourriture, les restaurants, les transports (surtout les transports !), les produits d’hygiène… Les hôtels, il y a de tout sur le marché donc je dirais qu’il est possible de s’en sortir même avec un petit budget, toutefois pour un même prix, au Cambodge les prestations sont de moins bonnes qualités. Dans les supermarchés, les tarifs avoisinent les tarifs que nous avons en France, parfois même bien au-delà lorsqu’il s’agit de produits importés. Sur les marchés, il est possible de mieux s’en sortir, mais seulement sur les petits marchés moins connus. Sur les grands marchés touristiques, les prix pratiqués sont encore élevés, toutefois moins qu’en supermarché.

Concernant les transports, ils sont aussi plus onéreux qu’en Thaïlande. Les courses en tuk-tuks dépassent les 1$ du kilomètre pour les petites distances. Un peu moins pour les distances plus longues, mais restent encore au-dessus de la Thaïlande. Les taxis et les grab sont présents dans les grandes villes mais moins répandus et plus onéreux. Quant aux bus longue distance, ils n’échappent pas non plus à la tendance. Nous avons envisagé la location de voiture, mais là encore, le tarif était plus du double que celui de son voisin frontalier. Il n’est par conséquent pas aisé pour une famille avec de jeunes enfants, de s’écarter du circuit touristique comme nous aimons le faire.

Le niveau de vie au Cambodge est très bas, nous avons côtoyé la pauvreté à tous les coins de rue, certains logements sont vraiment très sommaires, montés avec des murs en tôle et des bâches. Il n’est pas rare de croiser des familles de 5-6 enfants qui travaillent pour aider la famille à survivre, et qui n’ont pas accès à l’éducation. Il n’y a d’ailleurs aucun hypermarché, ni centre commercial hormis dans la capitale, et celui que nous avons visité était très peu fréquenté. Donc nous trouvons normal de ne pas payer le même tarif que les locaux, toutefois nous estimons que l’écart est vraiment démesuré.

Les transports

Au Cambodge, le moyen de transport le plus répandu est le tuk-tuk. Il est également le plus « bon-marché » si on s’adresse à un chauffeur de confiance. Certains chauffeurs gonflent les prix, donc il est préférable de demander le tarif avant de monter dans le véhicule et ce n’est pas mal vu de négocier si le tarif paraît incohérent. Cependant, afin d’avoir l’esprit plus tranquille, il vaut mieux contacter un chauffeur recommandé par l’hôtel ou par d’autres voyageurs. Ça évite les mauvaises expériences. Pour les trajets un peu longs, ou nécessitant plusieurs arrêts, et d’autant plus si le chauffeur est agréable, qu’il a quelques attentions ou qu’il guide la visite en donnant des informations sur la région, il est de mise de laisser un pourboire et ils en sont très reconnaissants.

Il y a peu de transports collectifs au Cambodge. Mis à part les tuk-tuks, on peut contacter des taxis (indépendants ou via des plateformes grab, bolt, et passapp selon les régions) mais le tarif étant généralement plus élevé, nous ne nous sommes pas déplacés de cette façon. Nous avons fait l’erreur (plusieurs fois, que voulez-vous on est toujours en apprentissage) de donner notre WhatsApp à des chauffeurs. Ils sont tellement en quête de travail sur un marché ultra saturé, que certains n’hésitent pas à harceler de messages jour et nuit pour que nous le prenions comme chauffeur. Donc, à moins d’être sûrs, il vaut mieux ne pas donner ses coordonnées au premier contact. Certains sont malins, car ils disent je t’écris mon numéro, et en fait ils t’appellent discrètement pour avoir également le tien !

Sinon au Cambodge, personne ne se déplace à pied. Jamais. Ni dans les villes, ni dans les campagnes. La plupart du temps ils ont un scooter, ils montent en famille dessus, à quatre, voire cinq, même avec des nouveau-nés. Ils utilisent leur scooter pour aller faire une course à 100m, pour acheter leurs légumes dans les allées du marché… Ils ne marchent absolument jamais. D’ailleurs, les trottoirs sont très encombrés par les chaises des restaurants, les étalages des boutiques, des dépôts sauvages… mais personne ne s’en offusque puisqu’ici, personne ne les utilise !

Manger au Cambodge

C’est un grand sujet, puisque c’est un sujet auquel j’attache beaucoup d’importance, même en voyage. Je souris en relisant ce que j’ai écrit concernant la nourriture en Thaïlande, que j’avais des craintes niveau hygiène et qu’il était difficile de manger équilibré. Je n’aurais pas eu cette réflexion, si nous avions voyagé au Cambodge, avant la Thaïlande. Au Cambodge, ces préoccupations-là sont passées au dernier plan. La seule et unique préoccupation que nous avions était de pouvoir manger quelque part sans tomber malades. Et sans claquer le budget de 5 mois de voyage en quelques semaines. Il n’y a que très peu de supermarchés, et uniquement dans les grandes villes. Sinon, il faut faire ses courses : dans les supérettes de proximité (Seven-Eleven, Asia market…) ou au marché.

Nous avons opté pour effectuer la moitié des repas en cuisinant ou en achetant des produits prêts à consommer en supérettes (boîtes de maïs, thon, pain de mie, riz à réchauffer…). Mais le choix de produits est relativement limité, souvent très cher, et nous n’avions pas toujours de quoi cuisiner dans notre logement, ce qui rend le choix encore plus restreint. Pour les fruits et légumes, nous avons toujours privilégié le marché. Ils sont frais, bons, locaux, à des tarifs corrects… Idem pour les fruits secs et les fruits à coques. Pour tout le reste, notamment les produits frais, comme la viande ou le poisson, nous ne nous serions jamais risqués à acheter quoi que ce soit au marché. Rien n’est réfrigéré, les étals pullulent de viandes crues, qui est découpée à-même le sol en plein soleil, le tout sent extrêmement fort… Au Cambodge, il y a très peu de plats cuisinés en supérette. Ni dans les rues, et le peu qu’il y a, les conditions de conservation ne donnent pas envie de tenter l’expérience.

Pour les enfants, il est important de pouvoir varier les plaisirs, donc l’autre moitié des repas nous les faisions au restaurant. Le tout premier soir, nous avons naïvement et par facilité, choisi un restaurant à côté de notre hôtel, qui semblait propre. Pas de chance, le lendemain deux sur cinq étaient déjà malades. Pour la suite du séjour au Cambodge, nous n’avions sélectionné que des restaurants bien notés sur Trip Advisor. Nous avons encore plus poussé les précautions d’hygiène : laver nos fruits et légumes à l’eau filtrée, rincer les brosses à dents à l’eau filtrée également, lavage de mains très régulièrement, pas de glaçons, pas d’eau dont nous ne voyons pas l’origine de nos yeux au restaurant, choisir des plats bien cuits… Mais cela n’aura pas suffit puisque comme nous l’avons expliqué dans l’article de Battambang, nous avons eu une grosse intoxication qui a terminé à l’hôpital. C’est frustrant de ne pas savoir, comment cela a pu arriver malgré notre extrême précaution. Nous aurions aimé découvrir et nous immerger davantage sur le plan culinaire, mais après nous être délestés de plusieurs kilos suite à cette mésaventure, nous n’avons quasiment plus pris un repas à l’extérieur, en choisissant des hébergements avec cuisine. Et pour être totalement transparente, nous avons cuisiné tout sauf local, et finalement ça fait du bien au moral de retrouver les saveurs occidentales !

La santé au Cambodge

Nous avons pu toucher du doigts, le fonctionnement du système de santé au Cambodge. Il n’y a pas de médecin de ville comme nous en avons en France. Les professionnels de santé sont centralisés dans les hôpitaux ou les cliniques. Les établissements sont assez petits et peu nombreux par rapport à la densité de population. Donc ils sont assez surchargés et les moyens dont ils disposent sont très rudimentaires. Lorsque nous avons consulté, nous sommes passés étonnamment rapidement, compte tenu de l’affluence en salle d’attente. Une salle d’attente, ouverte sur l’extérieur, non climatisée, pleine à craquer de personnes malades, dans un pays où les températures dépassent régulièrement les 40°c. Peu de personnel parlent anglais, et ceux qui le parlent, il nous a été difficile de les comprendre (entre l’accent, le vocabulaire médical spécifique, le débit de parole…). Les examens biologiques coûtent cher, donc ils préfèrent traiter large, quitte à donner plusieurs médicaments, selon plusieurs hypothèses en fonction des symptômes. Lorsqu’ils décident de notre admission, ils nous mettent d’office dans une chambre particulière, certainement car nous étions étrangers et/ou avec un enfant. Car les autres chambres contenaient 6-8 lits séparés par les rideaux. La clim n’est pas réglable, il n’y a pas de draps sur les lits et ils ne servent pas de repas. La propreté n’était pas vraiment au rendez-vous non plus. Cependant, le personnel soignant a été d’une adorable gentillesse, surtout avec notre petit bonhomme. Les soins de santé coûtent cher par rapport au niveau de vie du pays. La plupart des cambodgiens gagnent 5$ par jour (soit environ 150$ par mois). Notre séjour à la clinique pour deux personnes, 1 prise de sang chacun, et notre traitement a coûté environ 120$. Et cela aurait été beaucoup plus dans un vrai hôpital. Peu pour des occidentaux, qui en plus bénéficient du remboursement de leur assurance. Mais pour des locaux la somme est énorme. Beaucoup ne réclament pas les soins dont ils ont besoin, ou bien vont consulter quand leur état est critique.

L’éducation

Au Cambodge, nous avons eu l’opportunité de visiter quelques écoles. Beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’éducation pour différentes raisons. Soit les écoles sont loin géographiquement, soit la famille est trop pauvre et les enfants travaillent pour subvenir à leur besoin, soit les écoles de proximité n’ont pas les fonds nécessaires pour fonctionner… Beaucoup d’associations œuvrent pour que la majorité des enfants puissent aller à l’école mais c’est loin d’être encore le cas. C’est encore plus vrai pour les enfants porteurs de handicaps, rien n’est adapté pour eux et les parents ne les « expose pas » car dans leurs croyances religieuses, avoir un enfant handicapé est le signe qu’on a quelque chose à expier d’une vie antérieure. J’aurais adoré contribuer à cette noble cause, de vivre cette expérience d’enseignement auprès d’enfants vraiment dans le besoin, je garde ce projet dans un coin de ma tête et qui sait ce que l’avenir nous réserve !

La relation avec les locaux

Les locaux nous abordent facilement par l’intermédiaire des enfants.  Ils adorent les enfants, ils les prennent en photos, veulent les prendre dans leur bras (parfois avec un peu trop d’enthousiasme), certains veulent même les embrasser. Ils prennent les garçons pour des jumeaux, ce qui attise encore plus leur curiosité. Au Cambodge, il y a beaucoup de familles nombreuses donc ils ne sont pas étonnés de nous voir avec nos trois petits crapahuteurs. Nos trois minis (ou plutôt deux car l’un n’aime pas du tout cet excès d’attention) sont devenus des pro dans l’art de poser avec des inconnus ! Les gens sont souriants et généreux, ils nous offrent régulièrement de l’eau ou des fruits. Ils tentent très souvent d’échanger avec les enfants, qui progressent de jour en plus en communication non verbale ainsi qu’en anglais. Une chose est sûre, nous n’aurions jamais eu autant de contacts avec les locaux sans nos trois petits entremetteurs.

Les locaux que nous avons côtoyés de manière moins superficielle (employés d’hôtels, chauffeurs de tuk-tuk) nous racontent facilement leur mode de vie au Cambodge, ils sont fiers de nous faire découvrir et apprécier leur pays. Ils sont passionnés et ont à cœur de partager leur histoire.

Dans le sud du pays, nous avons rencontré une importante communauté de français expatriés. Nous avons été très intéressés d’écouter leur parcours, leur vision du Cambodge, les raisons qui les ont poussés à faire leur vie dans ce pays.

Mot de la fin

Le Cambodge mérite vraiment le détour, les sites touristiques sont certes merveilleux mais c’est dans les campagnes que nous avons vécu les relations les plus authentiques et fortes en émotions.

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