J66 – J67 : le train de nuit au Vietnam pendant 19h (et même plus)
Après avoir patienté 3h dans une gare où il n’y a absolument rien à faire, notre train arrive enfin à quai un peu avant 15h. Nous sommes impatients de découvrir la cabine 2ème classe, dans laquelle nous allons passer les 19 prochaines heures. Sans surprise, c’est plutôt étroit et elle comporte 6 couchettes. Nous aurons donc potentiellement deux compagnons de voyage qui partagerons avec nous l’oxygène des 4m² que nous offre notre chambre de choix pour la nuit. A nous cinq, il n’est pas aisé de s’asseoir ou de circuler. Nos bagages imposants n’aident pas non plus ! Donc nous espérons bien fort que l’effectif ne va pas augmenter au fil des arrêts pendant tout le trajet.

C’est un long transfert qui nous attend, et que nous appréhendions un peu, mais la fin d’après-midi se passe au mieux. Les enfants s’occupent entre eux avec des mots croisés, sudokus, coloriages, livres… Les plus grands s’occupent de la plus jeune, la plus jeune s’occupe d’ambiancer les plus grands. Le petit trio fonctionne bien. Ils forment une sacrée équipe complice qui attendrit les voyageurs, qui ne manquent pas de nous faire connaître leur enthousiasme en les prenant en photo, leur tapant dans la main ou pour certains en les tirant « délicatement » par le bras pour leur faire un câlin. Les enfants ont rencontré des enfants de leur âge et ils jouent dans le couloir. Nous commençons à penser que ce trajet n’est pas si terrible, le temps passe vite, tout le monde est dans son élément. Tous les voyants sont au vert pour vivre le plus long transfert du voyage avec sérénité.

Un vietnamien plurilingue et très bavard s’est installé avec nous pour discuter. Nous discutons depuis presque 40 minutes, lorsqu’un agent du train pointe le bout de son nez à la porte de la cabine et dit quelque chose en vietnamien à notre compagnon récemment rencontré. Ce dernier nous annonce, avec un sourire en coin, qu’il y a eu des éboulements dans un tunnel, que les rails sont impraticables sur une portion et qu’il faudra quitter le train vers 1h du matin pour faire une partie du trajet en bus. Puis remonter dans un autre train, une fois la portion accidentée dépassée. Nous communiquons en anglais, donc nous espérons avoir mal compris. Ou qu’il nous fasse une blague de mauvais goût. Mais pas du tout ! Nous réalisons bien assez tôt que c’est le scénario officiel, nous allons bien devoir déplacer 3 enfants endormis et plusieurs dizaines de kilos de bagages en pleine nuit. Deux fois. Le soufflé retombe en une demi-seconde. Nous passons de l’euphorie du voyage à complètement désabusés. Mais comme on ne peut rien y faire, on garde un sourire de façade pour les enfants, en leur expliquant comment va finalement se dérouler le trajet. Heureusement que ce gentil monsieur nous a avertis, que nous avons pu prendre nos dispositions et nous préparer à quitter les lieux au milieu de la nuit. Car l’annonce aurait été un sacré électrochoc si nous l’avions découvert au moment de partir dans la hâte, en plein sommeil profond. Car sans lui, comme très peu parlent anglais et que les annonces au micro sont soit en vietnamien, soit totalement inaudibles, nous n’aurions jamais eu l’information.
Après un repas qui ressemble plus à un goûter qu’à un dîner, on envoie les enfants se coucher le plus tôt possible (vers 19h) pour qu’ils aient le temps de dormir avant le changement de véhicule. La journée a été fatigante, ils ne se font pas prier et s’endorment rapidement. Et là, gros dilemme pour les parents : se coucher tôt aussi pour emmagasiner du sommeil en prévision de la nuit hachée qui nous attend, ou veiller jusqu’au changement pour être plus alerte et pas coupés en plein sommeil. Nous avons choisi la deuxième option. De toute façon, nos corps ne sont absolument pas programmés pour nous endormir à 19h, puis prendre le risque de s’endormir à 23h va rendre le réveil encore plus difficile. Et nous avons besoin d’avoir les idées claires.

Quelques heures plus tard, la sonnerie retentit dans les wagons, une annonce incompréhensible grésille dans les hauts parleurs, on entend tous les passagers dans les couchettes s’agiter… C’est le signal, il est l’heure de réveiller la petite tribu et de rassembler nos affaires, il faut descendre. Il est 00h50, c’est cohérent avec ce que nous a dit le monsieur vietnamien dans l’après-midi. Une marée humaine envahit d’un coup les quais d’une gare déserte, en plein milieu de la nuit. Si les enfants ont eu du mal à émerger, entre l’agitation, le bruit, les bus clignotant de mille feux et les gens qui poussent pour être sûrs d’avoir une place, à présent leurs yeux sont bien ouverts. Une dame employée par le réseau ferroviaire nous escorte jusqu’à la porte d’un bus encore vide, pour nous éviter d’avoir à pénétrer dans cette frénésie, et que nous ayons des places à côté. Nous avons donc la chance d’occuper les cinq places tout au fond du bus, tous ensemble. Et sur des sièges allongés. On appréhendait d’être séparés, sachant que nous avons qu’un seul téléphone avec du réseau. Le trajet en bus dure environ 1h, les enfants sont bien reposés et complètement excités par la situation, au grand désespoir des parents qui sont épuisés.
Nous arrivons à la gare suivante, un train vide nous attend. Nous avons nos places réservées sur les billets, donc on ne se presse pas, on sait que notre couchette nous attend. Une fois à bord, il est 2h30 et nous attendons qu’une seule chose : dormir ! Mais une petite personne de moins d’un mètre en a décidé autrement, et trouve très amusant de s’entraîner au 100m dans le couloir du wagon en chantonnant tout le répertoire des chants de noël. Il faudra patienter encore un peu, mais elle finira par regagner sa couchette et tout le monde s’écroule de fatigue.

Nous n’ouvrirons les yeux qu’une fois le soleil déjà bien haut. Le train était censé arriver à 10h, il aura finalement presque 1h de retard. Nous avons le temps d’apprécier le paysage du sud du Vietnam encore un peu. On apprendra quelques jours plus tard, en rencontrant des français qui ont fait le même de train que nous le lendemain, qu’ils n’ont pas eu à descendre du train. Ils avaient déjà dégagé les voies. A un jour près ! Le destin nous met des bâtons dans les roues, mais on s’accroche il en faut plus pour nous décourager !
En arrivant à Danang, nous avons encore environ 1h de route pour atteindre Hoi An. Nous optons pour le taxi, moins cher que cinq billets de bus, plus rapide et plus pratique car il nous dépose directement devant notre hôtel. Entre le moment où nous avons quitté notre hôtel la veille à Hô Chi Minh et le moment où nous avons récupéré notre logement à Hoi An, il s’est donc écoulé 25h.
J67 : installation découverte des alentours
Nous arrivons à notre chambre d’hôte, la Tra Que Xanh Villa, avec 2h d’avance, et nous sommes ravis qu’ils acceptent de nous laisser nous installer avant l’heure officielle de check-in. Le logement est très bien, simple mais avec l’essentiel (clim, frigo, salle de bain, des couchages confortables et assez larges pour nous cinq). Il y a également une piscine dans le jardin et la restauration sur place.

Mais c’est surtout le cadre qui est exceptionnel : nous sommes un peu excentrés du centre-ville, sur un îlot calme, authentique et dédié à l’agriculture biologique. Il n’y a pas de voiture, que des chemins de terre, des champs de fruits et légumes tout autour, et plusieurs restaurants excellents et bon marché qui cuisinent les produits de leur récolte. Toute la journée, nous pouvons observer les vietnamiens qui s’occupent de leur potager à la main. Ils arrosent plusieurs fois par jour (saison sèche oblige), bêchent, désherbent, récoltent, plantent à nouveau…

Nous les voyons passer sous notre fenêtre assis sur le dos de leur buffle. On a l’impression d’avoir fait un bond en arrière dans le temps. C’est un travail éreintant, qui plus est sous la chaleur écrasante de cette année particulièrement extrême, sur le plan climatique.
Restaurant local : Tra Que Vegetable Village
Entre la faim et la fatigue, c’est le premier qui gagne la bataille. A peine installés, nous décidons d’aller au restaurant en face notre maison d’hôte : le Tra Que Vegetable Village restaurant. Ils proposent également des cours de cuisine et des massages. Le cadre est magnifique, le choix sur la carte est restreint mais les produits sont extrêmement frais et on le sent tout de suite. Tout est fait maison et cuisiné à la perfection. D’un côté, heureusement qu’il n’y a pas trop de choix, car nous voulons tout goûter. On sait déjà qu’on reviendra. Et l’ambiance est vraiment sympa, avec un chef super chaleureux. Il nous a offert un dessert à base de bananes flambées et c’était exquis !




Plage
Après une petite sieste et un plongeon dans la piscine, nous décidons d’aller nous balader sur le bord de mer et éventuellement nous baigner un peu. Mais nous ne nous attendions pas du tout à une telle affluence. La rue est noire de scooters et de piétons. Nous peinons à atteindre la plage et une fois face à la mer, malgré l’heure avancée (environ 18h30) elle est encore bondée.

Nous visitons donc les ruelles tout autour, qui sont très joliment décorées de lanternes. Le tour est vite fait, nous sommes un peu frustrés de la sortie écourtée, donc nous rappelons un taxi pour visiter le centre-ville de Hoi An.

Centre-ville de Hoi An
Le taxi nous dépose à l’entrée de la zone piétonne. Nous sommes ravis d’apprendre que nous allons enfin pouvoir nous balader à pied, dans une ville asiatique, sans devoir esquiver les voitures et les scooters tous les trente mètres. Sauf que la zone piétonne, est en fait une zone interdite aux voitures. Pas aux scooters. Et en Asie, encore plus particulièrement au Vietnam, ils sont bien plus nombreux que les voitures. Bon ce n’est pas encore aujourd’hui que nous pourrons marcher à pied dans la rue en pouvant vraiment laisser notre esprit vagabonder et nos yeux admirer les environs. Les déplacements piétons riment plutôt avec une hypervigilance de tous les instants, des coups de stress à chaque fois qu’il faut franchir une route, des petites mains serrées très fort dans les nôtres, attendre 10 minutes pour avoir la bonne occasion de traverser puis courir en espérant qu’un scooter ne va pas débouler à contresens, faire attention aux deux roues qui roulent sur les trottoirs, devoir descendre du trottoir tous les 10 mètres car celui-ci est obstrué par des stationnements sauvages ou des commerçants qui ont pris leurs aises avec les étalages, devoir porter la poussette ou la faire rouler sur la route faute de place ailleurs… Bref ce n’était pas le sujet et je m’égare. Mais c’est une vraie contrainte qui, au bout de deux mois et demi de voyage, commence à sérieusement peser dans le quotidien et sur notre moral.

Hoi An est une ville très belle mais très touristique. A cette période, beaucoup de pays occidentaux sont en vacances de printemps. Nous visitons la ville au milieu d’une foule bien dense, mais force est de reconnaître qu’elle est vraiment magnifique : elle est entourée de cours d’eau traversés par de jolis ponts, les rues sont toutes décorées de lanternes, et lorsque la nuit tombe, elles font vraiment leur petit effet. La vieille ville a gardé son charme d’antan, avec des monuments et des habitations historiques en très bon état. Une véritable immersion culturelle !


J68 : coconut boat
Coconut boat
Une des attractions touristiques phares de Hoi An est le Coconut boat. Nous savons que cette activité plairait beaucoup aux enfants, toutefois nous ne sommes pas très à l’aise dans les lieux mis en scène pour le tourisme, chronométrés et à la chaine, qui perdent de leur authenticité. Nous avons trouvé un plan Coconut boat qui correspond beaucoup plus à nos envies. Un restaurant un peu excentré (le Breeze) organise ses propres tours en Coconut boat. Et nous avons passé un moment d’exception.

Nous étions les premiers sur place, donc nous n’avons pas dû attendre notre tour pendant des heures, il n’y avait que deux bateaux disponibles pour l’activité, donc nous étions les seuls sur l’eau. Les rameurs étaient adorables et très entraînants. Nous avons fait escale au milieu d’une forêt de palmiers aquatiques et ils ont confectionnées des couronnes et des bracelets en forme de crevettes (ou de sauterelle ?) aux enfants, à qui il n’en faut pas plus pour être heureux pour toute la journée.


Balade dans la ville
Après le tour en Coconut boat, il est trop tôt pour le déjeuner donc nous repartons du restaurant. Le cadre était sympa donc nous aurions bien mangé là-bas mais personne n’avait faim. Nous retournons en ville, nous continuons la visite à pied. Il y a tellement à voir ! Nous repérons les monuments qu’il est possible de visiter. Il y a 25 monuments culturels ou historiques dans la ville, il est possible d’acheter un carnet de 5 tickets (150 000 dongs par carnet soit environ 5,50€), qui donne accès à 5 monuments au choix. Le concept est bien, au moins nous choisissons ce qui nous intéresse le plus. On doit remettre leur visite au lendemain, car il semblerait que je sois habillée de manière indécente !


Restaurant français : Little Paris
Nous trouvons un restaurant français, pour le plus grand bonheur des enfants qui commencent à saturer des noodle soup et du riz frit. L’accueil par une franco-vietnamienne y est très chaleureux et les salles sont joliment décorées. Et cerise sur le gâteau : il y a un espace de jeux pour les enfants avec entre autres, des Lego ! C’est la première fois qu’ils ne veulent plus partir d’un restaurant. Ils auraient pu rester là des heures.

J69 : sites d’exceptions
Montagnes de marbres
Le site des montagnes de marbres se situe entre Hoi An et Danang. C’est un groupe de cinq collines en calcaire et en marbre. C’est aussi un lieu de pèlerinage célèbre. On y trouve des grottes, des temples, des points de vue, des espaces culturels…

Nous nous y sommes baladés toute la matinée et avons apprécié le bain de culture vietnamienne qu’il nous a offert. C’est la visite des grottes (dans lesquelles nous pouvions passer dans des petits passages en escaladant) qui a eu le plus de succès auprès des enfants.

Moi j’ai beaucoup aimé l’architecture des temples, propre au Vietnam, ainsi que les pierres sculptées en dragon. Il y avait également une vue imprenable sur la mer, un peu obstruée par des bâtiments, mais cela reste joli.


Restaurant local : Tra Que Basil
Nous testons un autre restaurant de l’île Tra Que. Tout comme son voisin, c’était très bon. En revanche, personne sur place ne parlait anglais, et il y a eu un léger malentendu lorsque nous avons demandé que les plats des enfants soient : not spicy ! Ils ont bu beaucoup d’eau et fait un peu la grimace. Mais ils commencent à s’habituer à manger relevé, je vais devoir mettre à jour mes recettes à notre retour en France !


Visite des monuments de la ville
Nous retournons en ville, cette fois avec les épaules et les genoux couverts. Parmi les 25 monuments à visiter nous avons choisi : trois maisons anciennes, le musée de la céramique et le centre d’Arts d’Hoi An pour une représentation.

Le spectacle dure environ 30 minutes, et les trois enfants ont été captivés du début à la fin. Nous avons pu assister à des danses, des musiques, des chants, des instruments, des costumes et un jeu traditionnel de la culture vietnamienne. Si les costumes d’animaux à paillettes ont un peu impressionné notre mini n°3 au début du spectacle, tous ont passé un très bon moment et n’ont pas décollé leurs yeux de la scène de toute la représentation.

Les maisons anciennes sont sympas à visiter, chacune a son propre style (japonais, colonial français…) et le musée de la céramique n’a pas été notre meilleur choix, car il était petit et peu varié mais ça reste une partie de la culture de la région qu’on découvre et explique aux enfants. Au départ, nous avions choisi le musée de Hoi An (histoire et culture), mais il était beaucoup plus excentré que les autres, donc nous avons privilégié l’accessibilité.
Night market
Nous finissons la journée au night market en espérant y trouver de quoi dîner. Le marché est sympa, on y trouve des stands de souvenirs, de vêtements, des bijoux, de l’artisanat… toutefois il y a très peu de stands alimentaires. Nous quittons les lieux le ventre vide mais l’esprit chargé de beaux moments en famille en souvenirs.
J70 : île Tra Que
Nous avions plusieurs idées pour notre dernière journée à Hoi An (site culturel My Son, île Cam Kim pour son artisanat local de soie et ses rizières, ou encore nous baigner à la plage…) mais les troupes sont fatiguées et une petite pause est nécessaire. Le programme se résume donc à des plongeons dans la piscine, un bon repas au restaurant d’en face pour goûter le reste de la carte, et un tour de l’île Tra Que pour admirer ses champs de fruits et légumes, et le savoir-faire local des maraîchers.


J71 : départ pour Hué
Notre séjour à Hoi An touche à sa fin. Nous comprenons pourquoi elle est considérée comme la ville « coup de cœur » des voyageurs. C’est la première fois que nous apprécions une ville malgré sa sur-fréquentation touristique. Hoi An est un parfait mélange d’histoire, de culture, de ruelles colorées et éclairées par des lanternes de toutes les formes, tous les motifs et toutes les couleurs, des champs potagers, des cours d’eau et de belles plages bordant la mer de Chine. Son patrimoine architectural et ses villages d’artisans ne sont pas non plus en reste (soie, céramique, maraîchers, tailleurs sur mesure…).
Aujourd’hui nous prenons un bus vers la deuxième et dernière ville que nous visiterons dans le centre du Vietnam : Hué.





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