J79 : arrivée à Pu Luong

Nous quittons Tam Coc en minibus ce matin. Le réveil sonne aux aurores, à 5h45. Mais, nous ne dormions pas au moment où la douce et redoutée sonnerie a retenti. Et pour cause, l’orage gronde et une pluie battante tape sur la tôle au-dessus de nos têtes depuis plusieurs heures. Les enfants, eux, sont imperturbables dans leur sommeil. Nous nous levons, et nous constatons qu’il n’y a plus de courant. Notre chambre n’a pas de fenêtre et nous sommes dans l’obscurité la plus totale. On va devoir rouvrir nos sacs pour sortir les lampes de poche pour nous préparer. Les lampes, qui sont bien au fond du sac, soigneusement bouclé la veille ! Tout le monde arrive à se préparer dans le noir, éclairé d’une lampe frontale pour cinq. Il est 6h30 et le déluge ne faiblit pas dehors. Nous devons quitter les lieux au plus tard dans les 15 minutes, si nous voulons être à l’heure. On sort en vitesse les k-ways, on protège les sacs avec les housses de pluie, des sacs poubelle, tout ce qu’on trouve et qui pourra épargner un peu nos affaires. Notre homestay est habituellement à 10-12 minutes de marche du point de rendez-vous pour le bus. Impossible de contacter un taxi car il est engoncé au fin fond des rues piétonnes de la petite ville. Nous nous apprêtons à affronter cette première et violente pluie de mousson de la saison, quand il y a soudain une accalmie. On ne sait pas combien de temps elle va durer, donc on attrape en vitesse nos bagages, la poussette avec miss bouclette encore à moitié endormie et les deux garçons. On marche à vive allure, de peur que le déluge revienne à la charge. Non, il semblerait que cette fois il soit vraiment terminé, nous avons eu beaucoup de chance sur le timing ! Par contre, nous n’avions pas envisagé que tout le chemin du trajet serait inondé. Les garçons ont pu contourner les routes, entièrement submergées par les eaux, mais Nico avec la valise à roulettes (très lourde) et moi avec la poussette, n’avons pas eu le choix d’immerger nos baskets jusqu’aux chevilles… On retiendra une nouvelle leçon ce jour : se déplacer en tongs les jours de fortes moussons. En général, nous mettons les baskets sur nous, pour les transferts pour gagner de la place dans les bagages. Là nous avons gagné les pieds trempés pendant 4h de trajet dans un minibus qui met la clim à fond.

Mis à part le départ un peu mouvementé, le trajet se déroule très bien. Le paysage pour atteindre la réserve du Pu Luong est splendide. Le site est peu fréquenté, il y a peu d’hôtels et de bâtiments. Ici, tout est préservé. On aperçoit les montagnes, au-dessus d’un brouillard blanc et épais, les rizières bien vertes en terrasse, les cours d’eau, la nature luxuriante partout autour. Nous savons déjà que les jours qui arrivent vont nous plonger dans une bulle de nature et d’authenticité.

Les logements dans cette zone du Vietnam étant rares, le seul qui rentrait dans notre budget était un dortoir partagé. Pourquoi pas tenter l’expérience après tout ! Jusqu’à présent, nous ne l’avions pas fait car réserver 4 ou 5 lits en auberge coûte au final plus cher qu’une chambre d’hôtel simple. Ce n’est que trois nuits, si l’expérience n’est pas concluante, on ne renouvellera pas et il n’y a rien de dramatique. Mais surprise, en arrivant la propriétaire nous annonce qu’elle a eu un problème dans ses réservations et que la première nuit, elle nous donne une chambre individuelle grand confort sans supplément. On aime bien les nouvelles expériences, cependant on n’est pas contre non plus le fait d’être surclassés ! La chambre est incroyable : grande, spacieuse, deux lits doubles, salle de bain en pierre, terrasse avec balançoire en bambou, et surtout une grande baie vitrée offrant une vue imprenable sur les montagnes et les rizières. La quiétude et le confort absolus !

Au final, nous n’aurons jamais dormi dans le dortoir, qu’elle a jugé pas assez confortable pour les enfants. Nous avons dû changer de logement tous les soirs, ce qui est certes un peu contraignant, cependant vu le confort des chambres qu’elle nous a offert, on est largement gagnants. Elle était vraiment d’une gentillesse exceptionnelle ! Un soir, elle nous a même offert le dîner. Notre homestay est : May Home Pu Long.

J80 : la grotte Hang Doi Kho Muong

Sur les conseils de notre hôte, ce matin nous allons visiter une grotte. Nous en avons visité des dizaines depuis le début de notre voyage mais elles sont toutes si belles et si différentes, qu’on ne s’en lasse pas. Et celle-ci ne fera pas exception. Elle nous prévient, que les routes sont étroites et que notre taxi ne pourra nous déposer qu’à 1 km de la grotte. Aucun problème, on peut marcher 1 km. Le taxi, sur le trajet nous annonce qu’il s’agit en fait de 2 km : 1 km jusqu’au village et 1 km de plus jusqu’à la grotte. Quatre kilomètres (aller-retour), ce n’est pas un souci non plus, les petites jambes commencent à être habituées à avaler les kilomètres. Mais personne n’a jugé pertinent de nous prévenir que la portion pour arriver jusqu’au village est une pente à 15%.

A l’aller, on descend. C’est impressionnant mais le chemin est agréable. On est parti assez tard de notre homestay donc la chaleur monte au fur et à mesure que nous, nous descendons. Nous arrivons au village, calme, petit, charmant et authentique, perdu au milieu des montagnes. Le cadre est magnifique. La grotte est bien indiquée, nous poursuivons notre chemin, le dernier kilomètre, une grande ligne droite entre un petit cours d’eau et les rizières, coincée entre les montagnes. Il n’y a pas un souffle d’air ni un centimètre carré d’ombre. Mais l’atmosphère paisible qui règne dans ce petit hameau, fait que nous nous rendons à peine compte que nous avançons. Nous sommes absolument seuls, comme depuis que nous sommes arrivés à Pu Luong. A part quelques habitants, nous n’avons croisé aucun voyageur.

La grotte est incroyable. Totalement atypique. Elle est spacieuse, très haute et peu profonde. Les grandes roches sont recouvertes d’un tapis végétal. On peut descendre dans son antre et escalader les rochers. Elle n’est pas aménagée par l’homme (ou très peu), sombre, pas d’éclairage artificiel. Un terrain de jeu parfait pour nos petits aventuriers en herbe.

Sur le chemin du retour, nous croisons une famille israélienne qui voyage plusieurs mois également. Comme nous, ils ont trois enfants, un peu plus grands que les nôtres. Leur plus jeune à l’âge de notre aîné. Nous échangeons un moment, en descendant plusieurs bouteilles d’eau fraîche à la suite, devant la petite supérette du village. Nous aimons beaucoup partager nos expériences avec les familles voyageuses. On se rend compte à quel point tous sont soumis aux mêmes problématiques que nous, se posent les mêmes questions… Nous nous comprenons mutuellement, et ça aide à relativiser les petites difficultés logistiques du quotidien.

Le retour est plus difficile que l’aller. Il fait plus chaud, et la montée à 15% semble beaucoup plus longue que lors de notre premier passage. Mais tout le monde arrive en haut avec (presque) le sourire ! Nous avons juste un peu honte de monter dans le taxi dans l’état de liquéfaction dans lequel nous nous trouvons, après notre petite ascension.

J81 : marché ethnique de Pho Doan, rizières en terrasse et village de tisserands

Aujourd’hui, nous nous rendons dans le village de Pho Doan, car c’est le jour du marché hebdomadaire. C’est un marché ethnique, les commerçants viennent des tribus des montagnes alentours. Nous voyons un peu plus de monde qu’à l’accoutumée. Dans cette campagne reculée, le jour du marché attire les populations. Nous recroisons la famille israélienne rencontrée la veille. Ici ne fait pas exception, les enfants font tourner les têtes derrière eux. Ils claquent quelques « high five », apparaîtront dans quelques photos et vidéos clandestines, et une gentille dame leur a donné des mandarines.

Un peu plus loin, nous visitons un village de tisserands. Nous avons pu assister à la réalisation artisanale, sur une machine d’époque, d’écharpes traditionnelles. La gentille dame nous a proposé de nous essayer au tissage. Ce n’est pas si facile, mais une fois que le geste est pris, je suis lancée ! Je suis beaucoup plus lente, que l’adorable et souriante petite mamie ceci dit ! Elle tisse d’un geste expert, à une vitesse impressionnante. Nico s’est bien débrouillé aussi !

Sur la route du retour, on admire des rizières en terrasse verdoyantes à perte de vue. On en rêve depuis des semaines, et les voilà. Elles sont vraiment à la hauteur de leur réputation. Le lieu est d’une beauté à laquelle aucune photo ne rendra jamais hommage, et l’atmosphère humide, presque mystique, qui l’accompagne ne fait qu’accentuer le tourbillon d’émotions qui nous envahit.

J82 : départ pour Hanoï

Notre bus ne part qu’à 13h mais on laisse le champ libre aux enfants ce matin. Ils veulent traîner, jouer… De plus le temps n’est pas au beau fixe, alors sans regret. Nous avons beaucoup aimé Pu Luong, pour son authenticité, son calme et son côté « hors des sentiers battus ». Nous voulions un bain de nature, loin de la foule et cette étape un peu improvisée en dernière minute, a rempli nos poumons d’air pur, notre tête de magnifiques souvenirs et notre cœur d’un florilège d’émotions.

On a quatre heures de trajet pour se préparer psychologiquement à quitter notre havre de paix pour rejoindre l’immense et tumultueuse capitale du pays : Hanoï.

Laisser un commentaire

Tendances