Il y a quelques jours, on vous expliquait les difficultés que nous rencontrions à cause de la chaleur extrême et inhabituelle dans toute l’Asie du sud-est, et que nous subissons depuis le début du voyage. Nous devions limiter nos sorties aux matinées uniquement, chaque visites et déplacements demandaient beaucoup d’énergie, un des enfants avait beaucoup de mal à s’acclimater et n’arrivait plus à apprécier les visites en extérieur, on avait du mal à rester bien hydratés, on réfléchissait à la nature de nos visites en fonction du temps à marcher et de l’heure de départ…

On en est arrivé à remettre en question notre voyage, tellement nous avions l’impression de ne pas profiter pleinement et autant que nous le voulions. De passer un peu à côté de notre aventure. Et bien, pas plus tard que le lendemain, un gros orage a sévi dans la nuit, et les températures ont chuté de 10 degrés. Le dieu de la météo a dû nous entendre. Et le changement est radical. Ces 10 petits degrés qui font toute la différence. Ce détail, qui n’en est pas un. Notre qualité de vie a grimpé de façon exponentielle. On s’autorise enfin des sorties plus longues et plus physiques, on peut traîner nos visites jusqu’en fin d’après-midi, on peut ressortir le soir après la douche sans finir poisseux et dégoulinants, on ne porte plus 10 litres d’eau dans nos sacs, on éteint la clim dans les chambres…

Vous l’avez compris, on renaît de nos cendres, le voyage est relancé puissance mille et beaucoup de choses ont bougé dans nos esprits depuis cet orage miraculeux. On vous donne un peu plus de détails…

Nous réfléchissons depuis presque deux semaines maintenant, à comment et où organiser la suite de notre voyage après le Vietnam. De nouvelles données s’ajoutent chaque jour à l’équation…

La question du Laos

Dans l’itinéraire initial, après avoir parcouru le Vietnam du sud vers le nord, nous devions passer au Laos par voie terrestre. Nous ne choisissons pas l’avion d’une part par conviction écologique, mais également et surtout car un vol Hanoï – Vientiane coûte quasiment aussi cher qu’un long courrier pour l’Europe. Nous pensions que le passage de frontière pour entrer au Laos se faisait facilement, une fois le VISA obtenu à l’ambassade du Laos de Hanoï (dans les 30$ par personne). Or, au fur et à mesure de nos rencontres et nos recherches, nous avons réalisé que les postes frontières du nord du pays étaient très peu empruntés par les voyageurs. La corruption y est très forte et les transports organisés très rares. Les transports privés ne passent pas les frontières non plus. Par exemple, un taxi nous laisserait devant le poste frontière du Vietnam et repartirait dans l’autre sens. Mais il y a 8 km entre la douane vietnamienne et la douane laotienne. Quand bien même, nous trouverions quelqu’un qui accepte de transporter 5 personnes et 7 bagages jusqu’à la frontière du Laos, un fois franchie (et délestée de 30 ou 40 $ par personne de corruption, en plus du visa déjà payé à l’ambassade), nous nous retrouverions isolés au milieu des montagnes sans avoir la certitude de pouvoir contacter un taxi laotien pour venir nous chercher. Cette option comporte trop d’incertitudes pour se lancer avec trois enfants. L’option du transport organisé existe également. Il n’y en a qu’un seul, qui fait Hanoï – Luang Prabang (ou Vientiane) en 24h. Déjà 24h de bus c’est difficilement envisageable avec les petits. On l’a fait en train couchette mais c’est très différent. De plus, les avis sur la compagnie sont très mauvais : les chauffeurs prennent des passagers sans billets pour empocher les recettes au black, ils font des détours et des livraisons non déclarées, mettent des sacs de riz sur ta couchette car plus de place en soute, détériorent les bagages en entassant toute sortes de marchandises, les cars qui tombent en panne et qui laissent leurs passagers en pleine campagne au milieu de la nuit sans explication pour aller le faire réparer. Il n’est pas rare non plus que le bus ait entre 6h et 12h de retard ! Sur un trajet de 24h… On ne le sent pas du tout, ce n’est pas le genre de situation dans laquelle on a envie de s’embourber… On aurait pu passer par la voie terrestre dans le sud du pays. Mais ce n’est plus sur notre itinéraire il faut revenir sur nos pas et faire un nouvel aller-retour en train et bus, rend le timing sur place trop serré. On décide de renoncer au Laos. Sauf qu’en renonçant au Laos, par effet boule de neige, cela compromet aussi le nord de la Thaïlande. En effet, là où nous nous trouvons, nous n’avons plus de frontière terrestre pour rejoindre la Thaïlande. Nous avons envisagé l’avion mais il nous faut forcément passer par Bangkok et les prix ainsi que les temps de trajet et d’escales grimpent à une vitesse incroyable.

La question médicale

Notre mini puce a déclaré un strabisme depuis quelques semaines (nous étions au Cambodge). Si au départ elle ne semblait pas trop gênée, on s’est rendu compte que c’était devenu de plus en plus contraignant pour elle. Elle cligne des yeux, se frotte, par moment elle a un peu mal. Et elle enchaîne les infections ORL du même côté. Pour ce dernier point, ce n’est pas une nouveauté, c’était déjà le cas avant notre départ, donc nous avons l’habitude et tout le nécessaire dans notre trousse à pharmacie pour la soigner. On a bien sûr contacté l’ophtalmologue qui la suit en France pour avoir son avis. Sans surprise, elle souhaite l’ausculter le plus tôt possible, sans pour autant nous demander expressément de rentrer plus tôt. Le délai reste à priori correct. Elle préconise quand même de consulter quelqu’un ici pour un fond d’œil. Pas simple à organiser et les troubles ophtalmologiques ne sont pas pris en charge par notre assurance. Nous savons que cette pathologie se traite plus facilement lorsqu’elle est prise en charge le plus précocement possible donc c’est forcément un élément qui pèse lourd dans la balance.

La question du climat

On vous expliquait que les très grosses chaleurs étaient derrière nous (ou presque). Plus on se rapproche du nord du pays, plus les températures sont supportables. Forcément, il y a un prix à payer : la mousson et ses pluies torrentielles ! Et cela s’est opéré sans transition. On préfère largement la pluie aux 50°C auxquels nous avons eu droit ces dernières semaines. Mais la réalité, c’est que dans un cas comme dans l’autre, beaucoup de nos sorties sont compromises et soumises à des horaires variables. Nous passons beaucoup de temps à l’hôtel, et quand on sait que la plupart de nos hôtels ne sont autres qu’une chambre de 15m² pour cinq… Les après-midis peuvent-être agitées ! Parfois nous avons le sentiment que les caprices de la météo nous volent une partie de notre voyage.

Nous avons passé une grande partie de nos soirées à peser le pour et le contre, à envisager tous les scénarios possibles et imaginables, à faire des simulations de trajets en avion, à se renseigner pour consulter ici, à recalculer le budget….

On veut prendre en compte les besoins et les problématiques de tous les membres de la famille. Et on a changé d’avis à peu près trente fois, la finalité n’a pas été une évidence dès le départ.

Nous avons fini par prendre la décision d’écourter notre voyage en Asie et de rentrer en France à la fin du mois. Aucun voyage, aussi fantastique soit-il, ne passera avant la santé d’un membre de notre famille. Mon cœur se serre à chaque fois que je vois son petit œil qui décide de prendre le large en narguant le deuxième. Je ne supporte pas l’impuissance qu’on a, à l’autre bout du monde, pour la soulager. Du haut de ses deux ans, elle trouve ses propres solutions en gardant son œil fermé quand elle se sent trop gênée. Mais elle mérite d’avoir un traitement adapté et qui la soulage sur le long terme.

Nous ne sommes pas déçus. On sait qu’en France à cette saison on va pouvoir profiter de moments en famille certainement aussi qualitatifs que ceux que nous avons vécu en Asie. Moins dépaysants, moins extraordinaires, mais ce qui compte c’est d’être ensemble et en bonne santé.

Même si nous n’avons pas terminé l’itinéraire que nous nous étions fixés au départ, on se sent complets. On a rencontré des familles voyageuses, on a découvert des nouvelles cultures, on a rencontré des locaux qui nous ont partagé un bout de leur vie, on a goûté à des tas de nouvelles saveurs, on a parlé dans plusieurs langues étrangères, on a vécu sous des températures dont on ne pensait pas en être capables, on a vu des paysages à couper le souffle, aussi variés les uns que les autres (îles, plages, cascades, grottes, rizières, lacs, jungle, fleuves…), on a appris sur l’histoire du monde, et sur les savoir-faire d’autrefois, on a appris de nos erreurs, et on a repoussé nos limites chaque jour un peu plus…

On ne se focalise pas sur ce qu’on va manquer en rentrant prématurément, mais sur ce qu’on va retrouver : notre famille, nos amis, notre maison douillette, la bonne cuisine française, nos sorties rando / vélo… Si au début, nous nous sentions un peu nostalgiques, aujourd’hui on est totalement en accord avec notre décision. Et on a besoin de reprendre des forces pour la suite, car une autre belle aventure nous attend dans quelques semaines !

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