La vie à Venise

La première étape de notre aventure italienne est la belle Venise. En tant qu’étrangers à la région, Venise est une ville qui nous attire par ses canaux, ses ponts, ses gondoles, ses monuments, son image, sa notoriété… Elle est connue et admirée dans le monde entier et pour cause, elle est le symbole du romantisme et de l’amour. Nous y étions d’ailleurs à la période de la Saint-Valentin et les vitrines, les illuminations, les décorations font effectivement tout à fait honneur aux amoureux. Nous nous sommes rapidement demandés si Venise était habitée à l’année, tant elle paraît pensée pour les touristes. Nous nous sommes donc intéressés de plus près à l’histoire et au fonctionnement de cette ville, si atypique. Si on comptait plus de 200 000 habitants à Venise au 15ème siècle, ils sont aujourd’hui à peine moins de 50 000. La plupart de ceux qui quittent la Cité des Doges ont moins de 45 ans et se sentent contraints de partir à cause des conditions et des difficultés rencontrées à Venise au quotidien. La plupart des services publics ont fermé (hôpital, crèches, écoles, commerces de proximité…) pour donner la priorité aux infrastructures touristiques. Le prix de l’immobilier a grimpé de manière exponentielle en quelques années, limitant ainsi la possibilité aux classes moyennes et aux industries d’y vivre ou d’y installer leur commerce. L’emploi s’y est donc fait plus rare, entraînant d’autres départs. Le cercle vicieux ! Il semblerait également que la qualité des logements soit loin d’être à la hauteur des loyers pratiqués. Les espaces sont restreints, peu lumineux, mal isolés, la fréquence accrue de l’acqua alta altère également les bâtiments… Le coût de l’entretien est énorme pour les propriétaires. L’acqua alta est la montée des eaux périodique et important de la mer Adriatique. Il est arrivé que l’eau monte à plus d’un mètre cinquante. Les rues de Venise sont donc très régulièrement inondées, entraînant des dégâts considérables, l’arrêt de la navigation, des difficultés de circulation, un impact négatif sur le tourisme… Le gouvernement local travaille sur un projet (MOSE) qui consiste à contrôler le niveau de l’eau grâce à des digues mais les résultats sont contestés par l’UNESCO qui considère que cela pourrait entraîner des dégâts irréversibles sur la lagune de la Reine de l’Adriatique. Vivre à Venise aujourd’hui est par conséquent de plus en plus difficile et le tourisme s’affiche comme étant le seul secteur prospère, ce qui, malheureusement sauve la ville à court terme mais risque de la condamner à long terme. Certains scientifiques prévoient que la moitié de la ville devrait être sous les eaux en 2100. C’est triste de penser que nos futurs et hypothétiques petits-enfants ne connaîtront peut-être jamais la Citée des Masques ! Il n’y a plus qu’à espérer que Venise ne rejoigne pas la légende de l’Atlantide…

Etre touriste à Venise

Venise c’est beau ! Et l’hiver (hors carnaval), les rues sont désertes. Autre avantage considérable, c’est que la ville est entièrement piétonne. C’est tellement agréable de se promener sans les bruits de moteur ni de devoir esquiver des conducteurs pressés ou imprudents. Par contre, être touriste à Venise implique de respecter un certain nombre de règles. Si certaines relèvent du bon sens, d’autres sont assez particulières. Et il vaut mieux être avertis, car sinon l’addition est plutôt salée !

Ne pas manger ni boire assis au sol. Ne pas s’asseoir ni s’allonger au sol, les berges, les marches, les ponts, les passerelles, les monuments… Amende de 100 à 200 €

Ne pas se baigner, plonger ou nager dans les canaux. Amende de 350 €

Ne pas jeter ou abandonner ses déchets. Amende de 350 €

Ne pas circuler torse nu ou en maillot de bain. Amende de 250 €

Ne pas nourrir les pigeons et les mouettes. Amende de 25 à 500 €

Ne pas circuler à vélo, ni même poussé à la main, ni avec d’autres formes de cycles. Amende de 100 €

Ne pas camper ni bivouaquer. Amende de 200 €

Etre touriste à Venise, implique également de revoir son budget à la hausse, un peu plus chaque jour de visite. Tout est payant et tout est cher. Pour aller sur l’île, il faut payer soit le transport (train, bateau ou bus), soit le parking. Par exemple, le tour de gondole est à 90-110€ (voire 70€ en fin de journée, quand un gondolier moyennement honnête te fait croire qu’il vont suspendre les tours en gondoles pendant 4 jours à cause du mauvais temps), le bateau pour aller à Murano ne se paye pas au trajet mais obligatoirement à la journée, soit 20€ par personne enfants compris. Un peu démesuré pour une traversée de 15 minutes… L’été, la période du carnaval ainsi que quelques autres dates où l’affluence est élevée, l’entrée dans la ville est payante pour les visiteurs qui ne séjournent pas sur l’île au moins une nuit. Il me semble avoir lu, 5€ si réservé au moins 4 jours à l’avance, sinon 10€ par personne. Les prix varient du simple au double dans les boutiques de souvenirs et les restaurants, en fonction de la proximité des lieux d’intérêt. Par ailleurs, il faut garder en tête qu’en Italie, au restaurant, ils rajoutent sur la note le prix du pain, de l’eau (uniquement en bouteille à cause d’une eau courante de mauvaise qualité, à priori dans tout le pays), et même le « coperto », c’est-à-dire le service et le couvert, qui peut aller jusqu’à 5€ par personne.

Aller à Venise avec un camping-car

S’il existe des parkings pour les véhicules grands formats à l’entrée de Venise, ils sont très onéreux et pas forcément surveillés ni sécurisés. Une fois n’est pas coutume, sur une destination difficile d’accès comme celle-ci, nous avions étudié nos possibilités avant de partir. A cette saison, il est possible de trouver des emplacements gratuits en s’éloignant du centre, puis de rejoindre l’île en bateau (20€/personne et par jour). Il existe de nombreuses liaisons entre le continent et l’archipel. Cependant, cette option n’est pas forcément la plus intéressante pour une famille de cinq personnes. Nous avons fait le choix d’aller dans un camping minimaliste (juste les emplacements de camping-car, le branchement électrique et le bloc sanitaire), puis de rejoindre l’île avec la ligne de bus régulière, empruntée surtout par les locaux. Nous étions donc stationnés sur l’aire de San Giuliano, et nous devions marcher environ 15 minutes pour atteindre l’arrêt de bus qui nous amenait directement à Venise en 20 minutes. Depuis cette aire, il est également possible de prendre le bateau, juste en face.

Niveau budget : 18€/nuit + 6€/jour pour l’électricité, et 1,50€ le trajet en bus pour les adultes et les enfants de plus de 6 ans. Donc seulement pour trois personnes nous concernant. Avec l’atout très appréciable de partir l’esprit tranquille puisque l’aire est fermée et surveillée (vigile et caméras). C’est selon nous, un très bon compromis entre confort, sécurité et budget.

Trois minis baroudeurs à Venise

Le premier jour de visite nous avons marché plus de 10 kilomètres dans la journée. Nous avons arpenté la ville de long en large, en passant par tous les lieux qui suscitaient notre intérêt : le pont des Soupirs, la place Saint-Marc, le palais des Doges, le pont du Rialto… Le tout en nous perdant volontairement dans les ruelles étroites et joliment décorées à l’occasion de la Saint-Valentin, en faisant coucou aux gondoliers, ou en admirant les vitrines et les animations des boutiques. De nuit c’est encore plus beau et agréable. D’ailleurs, même le ciel couvert et le petit vent froid qui s’est levé dans l’après-midi n’a pas réussi à gâcher cette riche journée. Nous avons eu droit plusieurs fois à des réflexions drôles et mignonnes à la fois, de la part des minis. Si l’un nous a demandé si nous allions faire un tour en « boussole », son frère a rétorqué quelques instants plus tard qu’il n’avait pas très envie de monter sur une « mongole ». Fou rire garanti avec la petite tribu !

Pour féliciter les troupes de leur effort physique et leur bonne humeur malgré le froid tout au long de la journée, nous clôturons cet épisode vénitien par un petit restaurant de spécialités italiennes. Il s’agit du Ae Oche, très bon, prix corrects et un personnel très gentil et attentionné avec les enfants. Notre mini n°3 a eu la bonne idée de lécher ce qu’elle pensait être du chocolat autour de son assiette de spaghetti, qui était en réalité de la décoration en vinaigre balsamique. Sa petite tête surprise accompagnée d’une belle grimace nous a valu un autre fou rire, accompagnés par nos voisins de table français.

Le lendemain, les petites jambes fatiguées n’ont plus très envie de marcher, donc nous improvisons une activité de géocaching qui a motivé les troupes et qui nous a occupée toute la journée, tout en continuant de visiter la ville. C’était inenvisageable de ne pas profiter du soleil qui pointait enfin le bout de son nez ! Nous avons donc laissé un téléphone à chacun des garçons, qui devaient chercher des cartes virtuelles sur les pays du monde (application WeWard). En plus de leur apprendre à se repérer sur un plan, ils ont gambadé comme des cabris à travers les ruelles, à tel point que nous arrivions à peine à les suivre. En suivant les cartes à trouver, nous avons exploré des lieux plus reculés mais très sympathiques, que nous n’aurions pas forcément pensé à visiter de manière volontaire. Après un goûter local (glaces, cannoli veneziani et zaletti), nous regagnons notre petite maison roulante en bus. Encore 10 kilomètres de marche au compteur !

Dilemme du dernier jour

Initialement, nous avions prévu quatre jours à Venise : deux jours pour visiter l’île principale sans la foule ni l’agitation, un jour de repos et le quatrième jour pour assister au premier jour du célèbre carnaval. Mais la météo est un peu capricieuse à cette période et les prévisions pour le carnaval ne sont pas très encourageantes. Plutôt même catastrophiques. Ils prévoient une sacrée tempête. Nous avons une décision à prendre : soit nous restons une journée supplémentaire pour assister au carnaval, mais nous n’aurons plus le temps de descendre jusqu’à Rome, soit nous partons avant la tempête, nous n’assistons donc pas au carnaval, mais le reste de l’itinéraire (dont Rome, l’étape la plus loin) est conservé. C’est aussi l’avantage du voyage en fourgon. Nous pouvons adapter notre itinéraire et nos visites en fonction des aléas ou de la météo, sans perdre nos réservations puisque nous n’en faisons pas. Les enfants ont très envie de voir le carnaval, c’est un gros dilemme qui nous aura fait des nœuds au cerveau pendant 24h. On a même envisagé de rester pour le carnaval ET de conserver le trajet à Rome en nous activant sur les visites ou en roulant de nuit. Mais ce n’est pas la façon de voyager qui nous convient. On a finalement décidé de quitter Venise plus tôt, nous avions la crainte que le mauvais temps s’éternise et que nous soyons restés pour rien. Si ce scénario ne s’est pas produit, nous avons reçu des notifications quelques jours plus tard, que les touristes, tellement nombreux pendant le carnaval, sont restés bloqués des heures sur des ponts ou dans des allées, massés les uns contre les autres sans la possibilité de s’extirper. Un vrai cauchemar pour les allergiques à la foule que nous sommes ! Surtout avec trois enfants… Nous n’avons pas regretté notre décision, d’autant plus que le séjour à Rome était juste… Je parle trop et je m’égare, je vous raconte la suite du voyage très bientôt !

Laisser un commentaire

Tendances