J30 : Trajet entre la Thaïlande et le Cambodge, premières impressions de la perle d’Asie
Pour atteindre le Cambodge, nous avons opté pour un peu de confort en prenant un car depuis Bangkok jusqu’à Siem Reap. Il y avait 8h de trajet au total, mais le car était très confortable, avec les sièges qui s’inclinent, de la place pour allonger les jambes, du personnel cambodgien à bord très sympathique, le wifi à bord, le petit-déjeuner et le repas du midi inclus. La compagnie s’appelle Giant Ibis et nous recommandons vivement cette manière de passer la frontière par voie terrestre, facilitée par la compagnie. C’est donc, avec un pincement au cœur que nous admirons les routes thaïlandaises défiler pour la dernière fois, par les vitres du car. Nous savons que nous avons encore plein d’endroits merveilleux à découvrir, des nouveaux pays, des nouvelles villes, une nouvelle culture, que le voyage en est qu’à son début et qu’en plus, ce n’est qu’un aurevoir puisque nous revenons en Thaïlande le dernier mois pour visiter le nord du pays. Mais nous avons tellement aimé chaque lieu, chaque moment, chaque rencontre et chaque découverte de cette première partie du séjour au pays du sourire, que la nostalgie pointe déjà le bout de son nez. Après 4h de trajet, nous atteignons la frontière. Nous avons déjà nos visas car nous avons fait le choix de les prendre en amont sur internet mais il est possible de le faire directement à la frontière. On passe par la douane thaïlandaise qui tamponne la sortie du territoire, puis par la douane cambodgienne. Tout est simple, rapide, fluide.

On regagne notre car, à peine à quelques mètres du poste frontière. Tous nos sens sont alors en éveil, avides de nous imprégner de chaque scène, chaque paysage de ce territoire et cette culture khmère que nous ne connaissons qu’à travers ce que nous avons lu ou entendu. Et en quelques minutes à peine, le contraste avec la Thaïlande est saisissant. Brutal, même. Je n’aurais jamais pensé, que ces deux pays si proches géographiquement, soient aussi différents, et ce, dès les premiers kilomètres. Nous passons des routes thaïlandaises de campagne larges, propres, calmes, bétonnées, empruntées par les autres usagers de manière certes plus désordonnée qu’en France, mais du moins cohérente, aux routes cambodgiennes. Et là, je n’étais pas prête à ce spectacle. Déjà, nous repassons à la conduite à droite, il faut un petit temps d’adaptation au cerveau pour se situer. Les routes sont beaucoup plus étroites, poussiéreuses, nous sommes toujours en périphérie des grandes villes et pourtant elles grouillent de monde : des véhicules, des vélos, des tuk-tuks, des piétons, des charrettes… Tout le monde klaxonne dans tous les sens, pour passer avant les autres. Chacun double en passant en force, en frôlant les autres, mais personne ne s’en offusque, ici c’est normal. Celui qui klaxonne le plus fort, passe le premier (Nico a une autre théorie). Il arrive très régulièrement de se retrouver à contresens de la route, ou de doubler au milieu de voie, engendrant 3 véhicules qui passent très proches et en même temps sur les routes étroites. Mon cœur se serre à chaque fois que le car effleure des enfants en vélo, à très vive allure. D’autant plus, que nous passons à l’heure de la sortie d’école, il y a des centaines d’enfants partout, tout le long du trajet. J’ai vécu 4h interminables, pendant lesquelles je pensais vraiment que nous n’arriverions jamais en vie à destination. J’ai même fait passer les garçons à l’arrière, car au premier rang ils sont beaucoup plus exposés en cas de choc. A cet instant, je pensais notre chauffeur inconscient, mais les jours suivants ont confirmé qu’il conduisait comme tout le monde au Cambodge. Aucun récit ne pourra décrire avec justesse l’anarchie sur les routes et l’état de confusion dans lequel nous étions. A notre arrivée, énorme soulagement de toucher terre.

Une armée de chauffeurs de tuk-tuks nous attend à l’entrepôt et nous saute littéralement dessus dès notre sortie du car. Nous avons accepté la course avec l’un d’eux, qui avait aussi une voiture. Cinq personnes plus tous nos bagages dans un seul tuk-tuk ce n’était pas possible. Il nous amène à notre hôtel. En se trompant d’hôtel. Deux fois ! Bien sûr, on avait déjà transporté nos bagages jusqu’à la réception. Enfin arrivés à bon port, il nous propose de nous accompagner pendant le reste du séjour. Novices et naïfs, nous acceptons. Grossière erreur, les amis ! C’est la porte ouverte pour la définition même du harcèlement. Enfin installés, notre première mission est de trouver une carte SIM. La soirée commence déjà à poindre, et ce soir avec la fatigue du voyage, on s’allège la logistique en prenant un repas au restaurant dans notre rue. Ici, la chaîne du froid étant beaucoup moins développée qu’en Thaïlande, pas de street food ! Nous ne voulons prendre aucun risque, quitte à devoir débourser quelques dollars supplémentaires. En bas du menu, il est écrit en anglais : « ici, nous ne servons pas de rat, pas de chien, pas de singe, pas de chat, pas de vers ». On a ri sur le moment.

Il est très difficile d’évoluer à pied dans les rues le soir. Surtout avec les enfants. Les chauffeurs de tuk-tuk proposent leurs services tous les 30 m, ils peuvent aussi se montrer très insistants. Il y a des véhicules partout, des deux roues qui roulent vite et à contre-sens. Il faut regarder partout et tout le temps. Même sur les trottoirs (quand il y en a) on n’est pas à l’abri de croiser un scooter qui déboule en te frôlant sans hésiter. Traverser la route est aussi une mission des plus périlleuses car personne, absolument personne ne prendra la peine de s’arrêter ou de ralentir pour te laisser passer. Même si tu es au milieu de la route. C’est vraiment une situation compliquée à vivre avec notre histoire. Le ton pour le Cambodge est donné !
J31 : premier jour, premiers déboires
Comme à chaque fois qu’on arrive dans un nouveau lieu, on aime bien le premier jour, juste se balader dans les environs, découvrir le quartier à pied, nous balader, observer… Un des avantages du voyage long, on a le temps. Ce jour-là, ne fait pas exception. On prévoit donc, le matin quand il fait encore « frais », c’est-à-dire pas plus de 32°, de faire le tour de la ville à pied, de faire quelques courses pour les goûters et petits-déjeuners. On découvre les supermarchés cambodgiens, les nouveaux produits en rayon, les nouveaux tarifs en riels et dollars… On doit se réadapter, retrouver de nouvelles marques, se forger de nouveaux rituels. Heureusement, à cette heure-ci, le trafic est beaucoup moins dense que la veille. Même si la conduite des cambodgiens reste la même, l’effet n’est pas le même avec une affluence moindre. Mais à peine partis, deux membres sur cinq ne se sentent pas très bien. Entre l’un qui se sent nauséeux avec des maux de ventre, et l’autre qui a copieusement rendu son repas de la veille dans sa poussette… On remet nos projets à plus tard. On retiendra notre première leçon : on doit aussi se méfier de l’hygiène dans les restaurants, qui ont l’air propre en apparence. Et même ceux qui ne servent pas de chien. La tâche « se nourrir » s’annonce plus périlleuse que prévu. Très rapidement, tout le monde se sent mieux.

Pour faire plaisir à la petite tribu, on passe le reste de l’après-midi à la piscine de l’hôtel qui est assez grande, jolie, bien exposée et surtout déserte. Le soir, nous décidons tout-de-même de ressortir. C’est le week-end du festival de la rivière à Siem Reap, un évènement annuel très festif et très attendu des Cambodgiens. La circulation est coupée sur une partie des routes. La police et les militaires, armés jusqu’aux dents sont positionnés à tous les carrefours stratégiques. De toute évidence, ils attendent des personnalités importantes. Il y a des jeux et des animations dans la rivière : marcher sur une corde, parcours à vélo sur une planche au-dessus de l’eau, tours en barques… Il y a des stands de tirs et de jeux, des stands de nourriture à profusion, des marques qui exposent leurs produits, une scène avec des chanteurs… La fête bat son plein, alors qu’il est à peine 18h. Il y a une foule indescriptible dans les allées, il en est même difficile de se déplacer. La journée à été longue, donc après deux bonnes heures, même si Nico (le seul) est clairement dans son univers et serait bien resté plus longtemps, nous décidons de rentrer et faire un repas au calme à l’hôtel.



Déjà presque deux jours que nous sommes au Cambodge. C’est peu, mais l’immersion est difficile. Nous sommes dans un hôtel en plein cœur de la ville, bien placé pour qui aime sortir le soir, l’effervescence de la ville et faire la fête. En famille, tous les déplacements à pied sont une expédition et pas des plus agréables. Dès le premier pas à l’extérieur de l’enceinte de l’hôtel nous sommes confrontés à la circulation chaotique des locaux, nous sommes harcelés par les chauffeurs de tuk-tuk, nous avons eu une mauvaise expérience (et pas de chance c’était notre première !) au restaurant. Il y a énormément de bruit et d’agitation. A côté, je trouve que c’était tellement facile en Thaïlande. Pour ne rien arranger, tout est hors de prix. Je suis totalement en accord avec le fait de ne pas payer le même prix que les locaux, qui gagnent peut-être 15 fois moins que le SMIC français. Mais ici, les prix avoisinent les tarifs que l’on trouve en France pour beaucoup de produits, lorsqu’on fait les courses. Parfois même plus. C’est démesuré. Les restaurants sont un peu moins chers, mais tout de même élevés. Surtout si nous voulons un endroit sûr, sans tomber malades quelques heures après. Les courses en tuk-tuk sont également chères, pas loin de 1$ du kilomètre. On sent qu’il va nous falloir un peu plus de temps pour nous acclimater ici. On doit repenser notre programme pour concilier la sérénité, la santé et la sécurité de toute la famille, avec nos envies de découvrir cette région tout en prenant en compte le budget, qui est la mauvaise surprise de notre arrivée au Cambodge (ou du moins, à Siem Reap).

J32 : on remet la machine en marche : visite du musée des mines et du musée de la guerre
La nuit n’a pas été très réparatrice pour moi. Les pensées tournent en boucle dans ma tête. C’est difficile à admettre et assez culpabilisant, que nous ayons la « chance » (même si je n’aime pas trop cette expression car la chance n’a rien à voir dans cette expérience, mais il s’agit d’un autre débat), je dirais donc que nous ayons l’opportunité de vivre une aventure extraordinaire, dans un pays culturellement très riche, que des milliers de personnes rêvent de visiter… Et que nous n’arrivons pas à en profiter. Que le moral n’est pas au beau fixe. Je décide donc de partir marcher très tôt alors que toute la famille dort à poings fermés. Ces moments de marche seule face à moi-même, ont toujours été ceux qui m’ont permis d’y voir plus clair dans ma vie, ceux qui m’ont aidée à tenir et m’accrocher ces derniers mois, prendre de la hauteur, et trouver des solutions . C’est donc à l’aube que je pars d’un pas décidé, découvrir une Siem Reap apaisée et endormie. J’ai apprécié chaque mètre parcouru, j’ai apprécié longer la rivière que j’ai tant détestée la veille, j’ai apprécié croiser les chauffeurs de tuk-tuk qui me saluaient sans pression d’un simple signe de la main, j’ai apprécié voir les cambodgiens qui tenaient les stands bruyants la veille, émerger difficilement de leurs hamacs avec leurs enfants contre eux.

J’ai pris le temps de repenser à ce que nous avaient dit les familles voyageuses au long court que nous avions rencontrés quelques jours et semaines auparavant, concernant leur expérience au Cambodge. Que c’était leur coup de cœur de l’Asie, que le pays était magnifique, que les gens avaient le cœur sur la main, malgré leurs conditions de vie. J’ai alors pris conscience, que ce n’était pas la ville le problème (encore moins généralisé au pays entier), mais notre état d’esprit et la manière dont nous l’avions abordée. Qu’en nous ouvrant plus aux habitants et aux expériences, nous pourrions avoir de bonnes surprises. Il fallait essayer de mettre de côté nos a priori et nos appréhensions pour vivre l’expérience cambodgienne de la manière la plus positive possible. Plus facile à dire qu’à faire, mais déjà le moral et l’entrain sont de retour.
J’ai compris aussi, en déambulant dans les quartiers moins centraux et populaires, ceux où se trouvent les hôtels qui accueillent la plupart des touristes, que notre expérience cambodgienne, ne pouvait en rien être comparée à celle de nos compatriotes « tour du mondistes », qui, pour la plupart séjournaient dans ces établissements. Il n’y a aucun jugement de valeur, car chacun voyage de la manière qui lui correspond. Et c’est tant mieux, il en faut pour tous les goûts, et tous les profils de voyageurs. Toutefois, ces resorts luxueux proposent pour la plupart leurs propres chauffeurs, leurs excursions avec guide, la restauration à toutes les heures de la journée, des plats locaux comme des plats internationaux, dans des conditions sanitaires propres et conformes aux standards européens. L’eau fraîche et propre à volonté. Les clients qui y séjournent, n’ont pas la contrainte de se faire interpeller à longueur de journée, de devoir négocier les prix des trajets, ils peuvent se poser au calme dans les jardins de l’hôtel sans être au milieu de l’agitation et la circulation à peine mis un pied dehors, ni chercher des restaurants pendant des heures en plein soleil, comparer les avis sur internet pour mettre toutes les chances de leur côté pour ne pas tomber malades. Et pour la première fois, je les envie ! Je déculpabilise beaucoup, en réalisant que nous voyageons dans des conditions pas des plus faciles, avec des enfants jeunes. Donc des moments de doutes et de difficultés nous en aurons. Et ils passeront. Nous avons fait ce choix, que nous assumons et ne regrettons pas du tout. Même dans ces moments-là. Cependant, je relativise en acceptant mieux nos moments au creux de la vague. Nous vivons l’expérience cambodgienne brute et sans artifice, donc si nous mettons un peu plus de temps à nous adapter, nous y consentons. En revenant à l’hôtel, 1h30 plus tard, et mue de nouvelles émotions, le clan des marmottes n’a pas bougé d’un millimètre. Le créneau est parfait pour quelques longueurs dans la piscine.
Je presse la tribu au petit-déjeuner, aujourd’hui nous bougeons, nous allons faire des visites et découvrir la culture et l’histoire de ce pays tellement marqué par cette dernière. Le changement est radical, personne ne comprend trop mais la bonne humeur attire la bonne humeur donc tout le monde suit. Nous irons visiter le musée des mines, puis le musée de la guerre en tuk-tuk. Les enfants sont trop contents, ils rêvent de monter dedans depuis notre arrivée en Asie. Je prends sur moi, je trouve les tuk-tuks pas sécuritaires mais ici c’est un des seuls moyens de se déplacer. Et ils sont nombreux, ils ont l’habitude. Il faut s’ouvrir aux expériences, on a dit ! A peine sortis de l’hôtel, ce qui m’aurait agacé la veille est bien accueilli ce matin, un chauffeur de tuk-tuk, Mister Malay, nous accoste pour nous emmener à notre destination. Nous acceptons et, nous ne le savions pas encore, mais il deviendra notre chauffeur attitré pour le reste du séjour à Siem Reap. Sa conduite était rassurante (autant qu’elle peut l’être ici), il était gentil, il nous offrait de l’eau fraîche après chaque visite et ses prix étaient corrects.
Le musée des mines
A peine quittés la ville, tout le monde a du baume au cœur. Nous apprécions notre trajet sur les chemins de terre, les cheveux au vent, loin de l’agitation urbaine. En arrivant au musée, il y a un groupe de belges parlant français en même temps que nous. Parler un peu français nous fait du bien. On ne reconnait pas notre grand, qui s’est mis à raconter toute sa vie sans reprendre son souffle à une petite mamie belge un peu dissipée pendant la visite. Elle est plus réceptive à son petit récit. Elle saura donc qu’il va avoir un appareil dentaire en rentrant d’Asie et qu’on doit vérifier s’il doit avoir des lunettes car lors de sa dernière visite il était à la limite. Mais qu’il est content car il adore Harry Potter.

Ce musée est tenu par un homme, enrôlé malgré lui par les khmers rouges à l’âge de 10 ans pour faire la guerre. Il a tenu des armes et posé des mines alors qu’il était encore un enfant. Toute sa famille est décédée lors des génocides successifs qui ont ravagé le Cambodge il y a à peine une trentaine d’année. Il a ensuite servi dans l’armée du Vietnam. Depuis, il consacre sa vie à déminer son pays, la région de Siem Reap étant l’une des plus touchées. Il a gardé toutes les armes, les bombes, les mines qu’il a récolté au cours de ses longues années de dur et dangereux labeur pour en faire un musée. Le Cambodge n’est toujours pas débarrassé des mines, mais ils espèrent pouvoir l’être d’ici 2025.

La visite a beaucoup intéressé les enfants (surtout les grands), ils expliquent bien, parlent des conséquences des mines, ils expliquent comment les éviter, comment déminer, les pièces qui étaient tendus dans la jungle pendant la guerre, il y a des photos. On peut voir de près toute sortes de vestiges de cette période. Nous leur avons expliqué avec des mots adaptés à leur âge, et ils n’ont pas mal vécu la visite. Au contraire, ils commencent à beaucoup s’intéresser à l’histoire, ils posent des questions et nous trouvons cela super.

Le musée de la guerre
Pour rester dans le thème, nous enchainons avec le musée de la guerre. Celui-ci, expose en extérieur des véhicules, chars, avion, hélicoptères, lance-missiles, munitions… Tous ayant été retrouvés sur le territoire cambodgien et ayant été en service pendant la guerre. Comme le premier musée, nous expliquons aux enfants avec un discours doux sans pour autant occulter l’histoire. Ils ont beaucoup aimé aussi.



Restaurant : le Christa
Pour clôturer cette matinée historique et culturelle, nous retentons l’expérience du restaurant. Cette fois-ci, nous avons au préalable, épluché les avis sur Tripadvisor. Nous en sélectionnons un, qui allie les bons commentaires de voyageurs, des prix qui nous correspondent et la distance à notre hôtel. Je décide de tester une des spécialités khmères : l’amok. Le reste du clan opte pour du classique (frites, sandwich, burger, brochettes…). Tout le monde a apprécié son repas, ressort l’estomac bien rempli, et cerise sur le gâteau, personne n’a été malade !

Le soir : festival de la rivière
On décide de retourner au festival de la rivière. L’expérience n’est pas plus plaisante pour moi, même en faisant des efforts je n’aime pas les bains de foule, le bruit, l’agitation… Mais il faut faire plaisir à tout le monde, donc on y est retournés un petit moment. Je ne regrette cependant pas, car j’y ai rencontré le directeur d’une école, avec qui nous avons discuté un moment. Il nous a proposé de venir visiter son école, pendant les heures de classe, de rencontrer les élèves… C’est la Skill Computer School à 5 km du centre-ville. En tant que professeur des écoles, c’est une expérience que je rêvais de vivre. Au départ, je souhaitais me porter volontaire pour enseigner quelques semaines, mais en famille les conditions d’accueil et la logistique est compliquée. J’ai donc remis ce projet à plus tard avec regret, donc cette proposition tombe à pic !

J33 : visite de l’école et marché Phsar Leu Thom Thmey
Si j’ai bien retenu un truc en voyage, c’est : quand tu peux, tu fais ! Surtout avec les enfants, on a compris que les plans peuvent vite changer. Dès ce lundi matin, je contacte donc le directeur de l’école pour lui demander si nous pouvons passer ce matin-même. Il accepte, donc nous voilà partis en tuk-tuk direction l’école. En arrivant, les enfants nous attendaient dans la petite cour en terre. Ils nous ont acclamés comme si nous étions célèbres ! C’était trop touchant, même s’ils ont un peu effrayé nos trois minis (surtout les deux plus jeunes). A ma grande surprise, ils s’exprimaient plutôt bien en anglais, ils nous ont bombardés de questions, ils voulaient comme beaucoup en Asie, toucher la peau laiteuse de notre mini puce, la prendre aux bras… Elle ne s’est pas montrée très coopérative ! Les enfants de l’école s’intéressaient beaucoup aux garçons aussi, voulaient jouer avec eux. Comme d’habitude, ils les ont pris pour des jumeaux. Leur professeur d’anglais, leur signifie qu’il est l’heure de remonter en classe et nous fait signe de les suivre. On enlève donc nos chaussures, un signe de respect et de propreté dans beaucoup de pays d’Asie, et nous nous joignons à la classe. Il y a environ 15 élèves, entre 6 et 14 ans, filles et garçons. Ils portent tous un uniforme bleu, l’uniforme est très répondu dans les écoles au Cambodge. Leur professeur me fait signe de venir au tableau, je me présente, présente notre famille, et lorsqu’elle apprend que je suis enseignante me laisse volontiers sa place. C’est ainsi qu’elle se met un peu en retrait, me signifiant de leur faire un cours d’anglais. L’occasion pour moi de tester mon anglais, ma capacité d’improvisation et mes compétences d’enseignement des langues nouvellement acquises ! Ils ont chanté des chansons en anglais, et notre grand a accepté d’en chanter une debout devant toute la classe (en français). Il m’a impressionnée, je ne suis pas sûre que j’aurais osé à son âge ! L’horaire tournant, le cours touche à sa fin, il est temps pour nous de rentrer et eux d’aller se restaurer.

Nous nous entretenons avec le directeur qui nous attendait en bas, nous explique l’histoire de l’école, son fonctionnement… On peut, si on le souhaite il n’y a rien d’obligatoire, faire des dons sous forme de matériel ou d’argent. Beaucoup d’écoles au Cambodge, vivent (ou survivent) grâce au bénévolat ou aux dons. Nous repartons enchantés de notre expérience, notre mini n°3 s’est même faite offrir un (gros) doudou chat, sur lequel elle avait flashé pendant la visite, et qui appartenait probablement à la fille du directeur qui a le même âge. J’ai tenté de refuser, mais il était déterminé à le lui donner donc elle est repartie avec. Le plus authentique des souvenirs !

Sur le trajet du retour, notre chauffeur de tuk-tuk nous informe que nous passons devant l’un des plus grands marchés du Cambodge, le Phsar Leu Thom Tmey. Nous nous y arrêtons. Et effectivement, il est immense ! A l’intérieur, il y a des centaines de stands non alimentaires (bijoux, souvenirs, vêtements, tissus, maroquinerie…) et tout autour les stands alimentaires. Contrairement à la Thaïlande, les commerçants vendent très peu de plats cuisinés. Il n’y a quasiment que des produits bruts : fruits et légumes frais, viande et poisson plus ou moins frais. Nous n’avons certainement pas les mêmes défenses immunitaires, mais je reste sans voix devant ces étalages de viande et poisson crus, presque à même le sol, sans aucune réfrigération. Ils découpent la viande en plein air, l’odeur est très forte… Nos minis voyageurs à l’odorat fin et sensible ont eu du mal à supporter de déambuler dans les allées du marché. De plus, les scooters circulent dans les allées par dizaines. Il n’est pas évident d’évoluer en tant que piéton au milieu de ce joyeux bazar. Nous avons trouvé des baguettes de pain, qui, a notre grande surprise avaient vraiment le goût du pain ! On en a acheté quelques-unes, avec des biscuits locaux. Le repas du soir est déjà tout réfléchi !

J34 : temples d’Angkor (première partie)
Aujourd’hui, c’est le jour tant attendu de visiter les célèbres temples d’Angkor. Nous avons choisi de prendre le pass 3 jours à 62$ par adultes, les enfants de moins de 12 ans ne payant pas. Les temples sont nombreux, tous différents, donc difficile de faire un choix. Nous programmons la visite avec notre chauffeur Mister Malay, pour ce qu’ils appellent le « petit tour ».
Nous avons visité dans l’ordre :
Le temple Angkor Wat : le plus grand, le plus célèbre, l’emblème du pays, représenté symboliquement sur le drapeau du Cambodge. Il est beau, la vue d’en haut est incroyable. Mais c’est le plus fréquenté, il y a du monde partout, il faut faire la queue, il faut attendre son tour pour prendre des photos. Nous sommes arrivés sur place à 7h45, et il y avait déjà affluence. L’expérience en elle-même n’a pas été notre coup de cœur.





Les autres temples : le temple Banteay Kdei, le temple Ta Keo, Le temple Ta Prom, Le temple Bayon : je ne vais pas les détailler un par un, mais ils sont tous différents, tous magnifiques, ils ont tous une histoire bien à eux. On peut s’y promener, s’y perdre, admirer longtemps les vestiges de ces monuments chargés d’histoire. La nature reprend ses droits, lorsque les arbres enveloppent la pierre de leurs racines. Ils sont beaucoup moins fréquentés, l’expérience est plus authentique, et là nous sommes dans notre élément !






J35 : temples d’Angkor (deuxième partie)
Ce matin, nous hésitons entre faire une pause et garder le deuxième jour de visite pour demain (le pass étant valable que jusqu’au lendemain inclus) ou continuer dans la lancée, et finir les temples aujourd’hui. La majorité des membres de la famille préfèrent différer la visite, pour ne pas faire tout d’un coup. Mais au dernier moment, je préfère finir les temples « au cas où ». Nous serions trop déçus de ne pas pouvoir les finir alors vaut se laisser un jour de manœuvre. Et sans le savoir, nous avons bien fait !
Cette fois-ci, nous avons visité :
Le temple Neak Pon, le temple Preas Khan, le tempe Prea Rub, le temple East Mebon, le temple Ta Sorm.




Deux jours de visite et 10 temples plus tard, nous revenons la tête chargée de jolies images et de bons moments passés en famille. Nous aurions beaucoup aimé prendre un guide, pour mieux comprendre leur histoire et y passer plus de temps. Mais cela n’aurait pas été adapté à l‘âge des enfants. Une prochaine fois !
Restaurant : Le Sambo
On recommande également ce restaurant, dont le service était parfait, les choix sur la carte variés, l’eau filtrée, les prix très abordables. La spécialité khmère goûtée pour l’occasion : le Lok-Lak. Et personne n’a eu de troubles digestifs, ce qui est à noter dans le coin !

J36 et J37 : rattrapés par le creux de la vague
Nos trois derniers jours nous ont laissé un souvenir intarissable. L’expérience des temples était au-delà de nos espérances, malgré le nombre de temples visités de manière condensée, en si peu de temps, personne n’en avait marre (ou presque). Chaque temple a ses particularités, son architecture, son histoire. C’est un bond dans le passé qui fait surgir beaucoup d’émotions. Nous nous sentons enfin bien, le voyage est relancé. Nous avons plein d’idées de visites pour les jours qui arrivent : villages flottants, lac Tonlé Sap, ferme de lotus, village culturel cambodgien, ferme aux papillons, jardins royaux…
Ce matin, nous choisissons le village culturel cambodgien. On attend que nos trois louveteaux se réveillent. Mais l’un d’entre eux ne va pas bien aujourd’hui. Il se plaint du ventre, n’a pas faim, il a mal à la tête, ne veut pas de son petit-déjeuner… Ce n’est pas le plus gros mangeur des trois, surtout depuis que nous sommes en Asie, donc pour l’instant nous ne nous inquiétons pas plus. On se prépare quand même pour partir, mais au détour d’un bisou sur le front je me rends compte qu’il est brûlant de fièvre. Il est vraiment très fatigué, je l’ai rarement vu comme ça. Trop de questions se bousculent dans ma tête : est-ce qu’il aurait mangé quelque chose de mauvais ? s’est-il fait piqué par un moustique ? pourquoi est-il le seul touché ? à quel moment on estime qu’il doit consulter un médecin ? Il est clair qu’en France, nous n’aurions pas envisagé de consulter dès le premier jour de fièvre. Mais l’accès et la qualité des soins n’est pas la même au Cambodge. Je me souviens des paroles du pédiatre qui m’avait dit sur le ton de la plaisanterie : « Si vous devez tomber malades il vaudrait mieux le faire en Thaïlande ou au Vietnam ! ». Même si ces situations sont fréquentes avec des enfants, c’est un coup assez dur à encaisser, surtout pour moi, qui m’inquiète facilement. Je parcours le site du Vidal en long, en large en en travers, et je peux vous réciter toutes les caractéristiques et symptômes de chaque maladie transmise par les moustiques ou chaque bactérie possible et imaginable qu’on attrape en mangeant ou buvant en Asie. Nous n’avons pas rencontré beaucoup de moustiques depuis notre arrivée en Asie, et le peu que nous avons croisés, n’ont pas eu le temps de nous piquer car nous nous sommes protégés, mais il y a quelques jours il a eu une piqûre au visage pendant la nuit, et il suffit d’un seul moustique infecté pour te donner une maladie. Nous faisons aussi très attention pour la nourriture, mais nous n’en sommes pas à l’abri non plus à 100%. C’est peut-être complètement autre chose, mais je détaille malgré moi les manifestations de chacune des maladies transmises par ces saletés volantes, ainsi que leurs délais de transmissions. Et les complications à surveiller (vraiment, c’était une fausse bonne idée, ne faites jamais ça). Inutile me direz-vous, car s’il ne va pas mieux, il faudra de toute façon consulter un médecin sur place. Mais c’est ma manière de gérer mon inquiétude, je me sens moins impuissante ! Nous passons donc la journée à l’hôtel, à veiller sur le malade et à canaliser les deux autres. Nous nous renseignons sur la clinique où consulter en cas de départ précipité dans la nuit, et nous rédigeons à tête reposée une note en anglais pour expliquer ses symptômes et ses antécédents. Juste au cas où. Et tout le monde (ou presque) s’envole au pays des rêves. Demain sera un jour meilleur.

Au petit matin, la fièvre du petit malade a disparu ainsi qu’un énorme poids sur nos épaules. Il reste très faible, donc nous lui octroyons un deuxième jour de repos à l’hôtel. L’appétit ne revient pas, mais il accepte quelques petites brasses dans la piscine, c’est bon signe ! On ne consultera donc pas pour cette fois-ci, on ne saura donc jamais ce qu’il a eu. Pas plus mal d’un côté. Je n’ai pas besoin de raisons supplémentaires de m’angoisser. Mais cet épisode de stress et de mise à l’arrêt forcé nous a complètement coupé dans notre élan, mettant à mal cet équilibre qui a été si laborieux à trouver depuis notre arrivée au Cambodge.
J38-J39 : le village culturel : redémarrer en pédalant dans la semoule
La troupe de minis voyageurs est en forme aujourd’hui. On programme la visite que nous devions faire il y a deux jours : le village culturel cambodgien. Il y a deux petits musées sur l’histoire et la culture khmères, un grand parc avec un village flottant, un quartier chinois, des jeux pour enfants, des statues, des fontaines, un étang de tortues, des stands de tir à l’arc, des grottes factices… Un petit paradis culturel adapté aux enfants, qui prennent beaucoup de plaisir à cette visite malgré une intense chaleur. Mais cette fois-ci, je ne peux pas suivre. Les nuits entre-coupées, la chaleur, le confort très sommaire, la difficulté pour les repas, le contre-coup de l’inquiétude qui m’a rongée pendant deux jours, les difficultés d’acclimatation au pays… Le tout cumulé, le corps et la tête ont lâché en même temps. Nous terminons quand même la visite du village cambodgien car les enfants passent un bon moment.




Une fois rentrés, Nico gère la tribu et je peux enfin me laisser aller au repos. Et j’ai quasiment dormi jusqu’au soir. Pour éviter d’éprouver les corps davantage, même si c’est notre dernier jour à Siem Reap, on décide de ne pas bouger le lendemain également. C’est un peu frustrant car nous avions tellement d’idées de visites en tête, mais on mise sur le long terme. Si on arrive à vraiment récupérer, on pourra repartir de plus belle, dans de meilleures conditions, avec un meilleur état d’esprit, dans une ville qui nous convient mieux. Nous commençons donc à boucler les bagages, car le lendemain nous partons pour de nouveaux horizons. Mais, car il y a toujours un mais, depuis que nous sommes arrivés au Cambodge, notre mini n°3 chauffe à son tour. On rejoue la scène une deuxième fois, à quelques heures de passer 4h dans un car…
J40 : un nouveau départ
Ce matin, même si ce n’est pas la grande forme pour la dernière, la fièvre a déjà disparu. On essaye de retrouver l’état d’esprit optimiste des premiers jours. On mise beaucoup sur cette nouvelle étape que nous vivons comme un nouveau départ. Notre premier contact avec le Cambodge n’a pas été des plus tendre, mais nous sommes à peu près reposés, reboostés et prêts à vivre la suite des aventures avec plus de sérénité. Il est 11h, nous attendons notre car. Battambang, on arrive et on compte sur toi pour nous ouvrir les portes de la Perle de l’Asie, conformément à sa réputation !






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