J40 : trajet en minibus, découverte de la ville
Ce matin, personne ne se fait prier pour boucler son sac. Nous avons beaucoup aimé la visite des temples d’Angkor à Siem Reap, cependant, la ville et son atmosphère oppressante ne vont pas nous manquer. Le Cambodge n’a pas encore touché notre cœur, et nous espérons le découvrir autrement à travers un lieu différent. C’est donc, chargés d’espoir et d’optimisme que nous montons dans le minibus, nous avons environ 4h de route avec les pauses. Dès notre installation, je constate avec dépit que sur nos 5 sièges, 3 ont la ceinture de sécurité cassée… Tous les autres passagers, ont la leur. Je demande à la faire réparer avant le départ, ou à faire changer de place au moins les enfants. Ils n’en ont rien fait. Je ne veux pas voyager 4h sans les savoir sécuriser dans leur siège. Encore moins dans ce pays. Alors j’insiste, mais rien n’y fait. Soit on se contente de ce qu’on a, soit on descend. Je suis contrariée comme jamais. Je voyage une boule dans la gorge tout le trajet, et Nico avec la mini sur les genoux. Un passager accepte de changer sa place. Au moins 4 membres du clan sur 5 sont attachés. C’est mieux qu’au départ. Et moi, je garde les yeux rivés sur la route tout le long, pour anticiper un éventuel coup de frein, et me tenir au besoin. 4h plutôt longues donc…

Toute cette tension s’évanouie au moment où le moteur s’arrête devant la devanture de Virak Buntham (vous l’aurez compris, on ne conseille pas vraiment de voyager avec eux) et que nous apercevons un chauffeur de tuk-tuk avec une pancarte à notre nom. Il a une tête sympathique, il est souriant, et sa bonne humeur est contagieuse. Il nous aide à charger nos bagages dans le tuk-tuk (donc en fait oui, 5 bagages et 5 personnes rentrent dans un tuk-tuk !!) et nous achemine jusqu’à notre hôtel le « Lotus Blanc Homestay ». Je le nomme, car on a beaucoup aimé ce logement, et le gérant est tellement adorable et arrangeant, qu’il mérite bien un peu de pub. On s’installe rapidement, et nous partons à pied explorer les environs. Battambang a beau être la deuxième ville la plus grande du Cambodge (après la capitale), les routes sont larges, la circulation est dense mais pas aussi oppressante qu’à Siem Reap. Il est en tout cas possible d’y circuler à pied, sans se sentir en danger tous les 20 mètres. Donc, nous nous baladons dans le quartier, les ruelles, on croise plusieurs marchés qui sont sur le point de fermer (il est 17h passé).

On fait également quelques courses, juste pour le goûter et le petit déjeuner, car pas de frigo dans notre logement. Lorsque nous avons recherché notre hôtel à Battambang, quasiment aucun logement n’avait le frigo. La chaîne du froid n’est pas autant développée d’une région à l’autre. Après 2h de balade, le soleil commence à disparaître, donc on se rend au restaurant Coconut Lyly, plutôt réputé dans la ville pour la qualité de ses plats et ses cours de cuisine. Et nous validons à 100%. C’est certainement l’endroit au Cambodge où nous avons le mieux mangé jusqu’à présent. C’est frais, bon, le cadre est agréable et le personnel très souriant. Notre hôtel fait des propositions de visites de la ville en tuk-tuk a des prix très raisonnables. Alors une fois n’est pas coutume, nous décidons de nous laisser porter et d’en réserver une pour le lendemain matin.
J41 : une journée de visites bien remplie
Bamboo Train
Ce matin, nous sommes donc accueillis par Mr Yo, le chauffeur de tuk-tuk qui est venu nous chercher à la sortie du bus la veille. Il a toujours son sourire collé au visage, et nous emmène à plusieurs kilomètres du centre-ville à l’une des activités phares de la région, très attendue des enfants : le bamboo train. Ce sont des plateaux en bambou motorisées qui se déplacent sur une voie ferrée pour visiter la campagne de Battambang autrement. C’est en plein soleil, donc nous avons préféré le faire le matin. Sans surprise l’activité a connu un très grand succès auprès des petits comme des grands.

Pagode Samrong Knong
Nous nous dirigeons ensuite vers la pagode Samrong Knong, il est possible de se balader dans l’enceinte, les bâtiments sont jolis, colorés et différents de ce que nous avons vu à Siem Reap. Nous avons croisé des enfants qui sortaient de l’école à vélo, qui étaient très contents de nous croiser.

Temple Ehkphnom
L’arrêt suivant, est le temple Ehkphnom. Il ressemble aux temples d’Angkor dans son architecture, et nous sommes contents de retrouver la magie de ces sites historiques. De nous balader entre les vestiges de roches, et d’imaginer quand la vie habitait ces temples.

Fabrique de feuilles de riz
La suite de la visite est plus gustative. Nous visitons une fabrique de feuilles de riz. Il nous a expliqué toutes les étapes, du grain de riz jusqu’à la feuille. En passant par l’alcool de riz (avec un serpent dedans) qu’il a fait goûter à Nico. Tout est évidement fait à la main, dans une sorte de grange, à l’ancienne. J’adore découvrir ce savoir-faire artisanal et montrer aux enfants la façon dont on passe d’un produit brut à un produit fini. Le travail qu’il y a derrière. Tout le monde passe un très bon moment.


Dégustation : bamboo sticky rice
Sur le trajet, nous nous arrêtons en chemin, pour observer la fabrication des fameux « bamboo sticky rice ». C’est du riz et des haricots rouges au lait de coco, cuits au feu de bois dans une tige de bambou. Et c’est super bon ! Nico et le mini n°2 n’ont pas été conquis, même s’ils n’ont pas détesté. Les trois autres, on en a redemandé ! Le petit goût du feu de bois fait toute la différence.


Dégustation : spring rolls
Pour rester dans le thème culinaire, nous nous arrêtons ensuite goûter des « spring rolls », pour voir à quoi servent réellement les feuilles de riz fabriquées plus tôt. Une petite adresse dans une famille locale, en bord de route et des poules sous la table. J’ai un peu d’appréhension à manger ici, mais pour une fois je décide de mettre dans un coin de ma tête mes blocages, de faire confiance au guide et de savourer les spring rolls qui s’avèrent être vraiment très bons ! Nous n’en perdons pas une miette, et les poules non plus.
Fish market
Notre dernier arrêt est le marché aux poissons. Nous adorons les marchés, on en visite dans toutes les villes où nous nous arrêtons. Nous trouvons que c’est une manière d’être en contact avec les habitants, de découvrir les produits locaux, les odeurs, les couleurs, l’ambiance… Nous aimons beaucoup cette atmosphère ! Comme en France, d’ailleurs. Mais en passant devant ce marché aux poissons, qui n’est pas totalement couvert, mais pas en plein air non plus (abrité du soleil sous des bâches), l’odeur est tellement forte alors que nous ne sommes même pas encore descendus du tuk-tuk… que personne n’a osé s’aventurer à l’intérieur ! Le poisson est travaillé, mélangé, écrasé, fermenté, séché (ou pas), bref ce mélange olfactif pique les yeux et soulève les estomacs. Pourtant, les odeurs fortes dans les rues et les marchés nous commençons à avoir l’habitude, mais là c’est au-delà de nos forces. Tant pis pour l’expérience locale, nous l’aurons observé à distance et notre nez nous en remercie !

Notre chauffeur Mr Yo, s’avère parler très bien l’anglais (du moins nous le comprenons, contrairement à beaucoup qui parlent anglais mais que nous ne comprenons pas) et il nous donne beaucoup d’informations sur la région, sa culture, son histoire, le mode de vie, l’agriculture… C’est très intéressant, et nous réalisons à quel point être accompagné d’un guide local change la perspective de la visite. Mr Yo a vraiment contribué à nous faire découvrir un autre visage du Cambodge, un visage que nous apprécions et qui nous donne envie d’en découvrir davantage !
J42 : journée sous le signe de la chauve-souris
Nous n’avions pas l’intention de reprendre un deuxième jour de visites, mais Yo nous a conquis le premier jour, alors nous lui avons demandé un deuxième circuit, que nous avons créé selon nos envies, car ceux de l’hôtel ne nous correspondaient pas.
Farm fruits
Nous avons traversé un quartier surnommé Farm Fruits car c’est l’endroit où sont cultivés la plupart des fruits et légumes de la région. Il longe la rivière, car c’est la zone la plus fertile. En saison des pluies, elle monte de plusieurs mètres et immerge la plupart des plantations. Comme nous sommes dans la saison sèche, nous avons pu voir plein d’arbres fruitiers. Yo nous a expliqué leur saisonnalité, leur récolte, leur croissance… Chaque famille cultive une variété : pomelos, jackfruit, piments (les plus forts au monde paraît-il), champignons, pastèques, courges, bananes, noix de coco, ananas, fruits du dragon, puis beaucoup d’autres dont nous n’avions jamais entendu parler donc nous n’avons pas retenu les noms. Il nous a expliqué qu’au Cambodge, ils n’utilisaient absolument aucun produit chimique pour faire pousser, ils n’en ont pas les moyens. Donc chaque variété pousse à la saison où elle est sensée pousser. Nous avons visité la ferme aux champignons, le travail de coupe et d’empaquetage est fait entièrement à la main et il est colossal. Idem pour la cueillette des piments, sauf qu’en plus, les travailleuses sont en plein soleil. Je dis les travailleuses, car au Cambodge ramasser dans les plantations est un boulot de femme.


Pont suspendu
Tout le long de la rivière, il y a plusieurs ponts suspendus. Ils ne sont pas en très bon état, nous avons préféré porter la petite dernière, car le grillage sensé servir de garde-corps tout le long est arraché. D’ailleurs, les garçons n’étaient pas très rassurés de passer dessus. D’autant plus qu’ici, les scooters les utilisent aussi pour passer d’une rive à l’autre. Et nous en avons croisé plusieurs, c’est une pratique courante. Je reconnais volontiers, qu’en étant déjà au milieu du pont, un pont qui semble partir en morceaux, et voir un scooter s’engager en face, n’est pas la situation la plus rassurante. Mais malgré les apparences tout tient très bien, et les scooters (pour une fois) roulent au pas à notre niveau, donc rien à craindre !

Temple Phnom Banon
La visite du temple de Phnom Banon se mérite puisqu’il faut monter 358 marches. Nos deux grands commencent à avoir les mollets bien musclés donc aucun souci pour atteindre le sommet. On porte notre petite dernière : Nico à l’aller et moi au retour. Il est situé tout en haut de la colline. Une fois en haut, en plus d’admirer les ruines du temple, on a droit à une magnifique vue sur toute la campagne environnante.



Nourrissage des poissons
Au pied du temple, il y a un bassin avec des poissons énormes, qui n’attendent qu’une chose de leur journée : recevoir les petites croquettes que vend la dame juste à côté aux touristes. Notre adorable chauffeur de tuk-tuk Mister Yo, qui s’est pris d’affection pour les enfants, leur a acheté deux petits paquets et tous les quatre se sont amusés pendant plusieurs minutes à les lancer pour contempler les voraces se disputer le moindre gramme de nourriture.

Fruitbat
Sur le chemin du retour, en plein milieu d’un petit marché local, se dresse un arbre sur lequel ont élu domicile des chauves-souris. Ces chauves-souris sont appelées en anglais les « fruitbat » car c’est une espèce frugivore. Elles sont beaucoup plus grosses que les chauves-souris des cavernes (insectivores). Elles restent une espèce nocturne, mais ne sont pas totalement inactives la journée. Elles étaient toutes accrochées aux branches de l’arbre, certaines se déplaçaient d’une branche à l’autre. Il y en avait des dizaines, et nous les voyions d’assez près c’était assez impressionnant. Les photos ne rendent pas hommage au moment !

Il est l’heure du déjeuner, nous rentrons donc à notre chambre d’hôtes pour profiter de leur restaurant. Mais nous ne disons pas aurevoir à Mr Yo, la journée n’est pas terminée, en fin de journée nous avons une visite très particulière et très populaire à Battambang et qui, nous le savons déjà, va beaucoup plaire aux enfants !
Temple Phnom Sampeau, Killing cave et Batcave
Yo passe nous récupérer à 16h et nous amène au sud de la ville, au pied d’une grotte, située en haut d’une colline, attenante à un temple. Cette grotte abrite des milliers voire des millions de chauves-souris. Elles sortent tous les soirs pour boire et se nourrir, toutes ensembles et à la même heure (environ à 18h, plus ou moins variable selon la saison et l’heure du coucher du soleil). Nous sommes en avance, donc nous avons le temps de gravir la colline pour visiter le temple Phnom Sampeau et la Killing cave. Pour monter, c’est soit à pied, soit en pick-up. On croise beaucoup de pick-ups depuis notre arrivée en Asie et les enfants ont très envie de monter à l’arrière. Alors on signe pour le pick-up, une fois n’est pas coutume. En haut de la colline, s’érige ce temple doré et coloré surplombant la campagne environnante de Battambang. Les singes sont aussi de la partie, là-haut. Ensuite, la Killing cave. Comme son nom l’indique, elle est tristement célèbre car le site était utilisé par les Khmers Rouges pour torturer les prisonniers, et jeter les corps des enfants du haut de la grotte. Ils ont gardé les ossements retrouvés par l’armée Vietnamienne. L’histoire racontée avec émotion par notre guide nous fait froid dans le dos.



Il est presque 18h donc nous redescendons, on s’assoit sur des chaises au premier rang et on attend que le spectacle commence. Quinze minutes plus tard, notre nez ne nous trompe pas, on sait qu’il y a de l’agitation dans la grotte. Et là, nous les voyons. D’abord une, puis deux, sûrement un peu plus pressées que les autres. Et enfin, elles sortent d’une manière joliment ordonnée en formant un ruban mobile dans le ciel. Elles sortent à une vitesse impressionnante, et sans discontinuer pendant plus de 20 minutes ! Le phénomène est à couper le souffle. Elles volent toutes les nuits jusqu’au Tonlé Sap (environ 45 km aller) pour boire et se nourrir d’insectes. Puis elles reviennent dormir dans leur grotte, une par une lorsqu’elles sont rassasiées.

J43 : le presque dernier jour
Aujourd’hui est notre dernière journée dans cette ville. Donc ce matin, nous décidons de découvrir Battambang à pied. Nous marchons dans les petites rues, nous longeons la rivière Sangker, nous déambulons dans les allées du marché central… Après deux bonnes heures, la chaleur commence à devenir difficile à supporter donc nous rentrons manger à notre guesthouse. Le programme de l’après-midi étant simple : faire les bagages, les devoirs, et du repos.

En fin d’après-midi, nous avons coché toutes les cases. On s’apprête à repartir à pied dans la ville pour trouver un endroit où manger, mais un des garçons ne se sent pas bien. Et pour cause, il a de la fièvre. Bon, on commence à avoir l’habitude, s’il a attrapé comme son frère et sa sœur la semaine précédente, on sait que ça ne va pas durer longtemps, qu’il va être un peu fatigué un jour ou deux et qu’il va repartir comme si rien n’était avant même qu’on ait fini notre phrase.
Mais la fièvre monte, il a très mal au ventre, et ne veux pas manger. Contrairement à son frère, si lui ne veut pas manger, on peut commencer à s’inquiéter un peu. On le couche en espérant, que comme les deux autres, sa fièvre et ses douleurs vont vite passer et que demain il sera en état de voyager. Nous avons six heures de car pour rejoindre la capitale Phnom Penh, donc un trajet quand même long. A peine plus tard dans la soirée, je ne me sens pas bien non plus. J’ai de la fièvre pour la première fois depuis des années. J’ai aussi mal à la tête, mal au ventre… Là je commence à comprendre que tout ne va pas se passer exactement comme prévu.
J44 : une dernière visite avant de partir : l’hôpital de Battambang
Comme nous le redoutions, la nuit a été chaotique. Pour moi, pour lui, et pour l’autre parent qui a assisté le petit malade tout seul et toute la nuit en faisant les allers-retours à la salle de bain, le lit, la réception… Le réveil sonne à 6h30, mais nous le savons déjà, nous ne pourrons pas voyager 6h dans un car dans cet état. Nous ne tenons pas debout, ni même assis, plus de quelques minutes, et les allers-retours aux toilettes ne faiblissent pas. Nous restons donc toute la matinée, couchés. A cause des symptômes assez violents, il nous est très compliqué de manger et boire. La fièvre baisse à peine. Et la chaleur dehors est toujours de la partie. Pour ne pas prendre de risque, nous décidons d’aller consulter un médecin à l’hôpital.

Après avoir testé l’hôpital en Thaïlande (pour une fausse alerte), nous testons à présent l’hôpital au Cambodge. Et bien, on dit que toute expérience est bonne à prendre, mais je me serais bien passée de celle-ci. Nous arrivons fiévreux dans une salle bondée, non climatisée, en plein après-midi, alors que juste être assis nous demande un effort énorme. Presque personne ne parle l’anglais. En voyant notre état, ils nous font quand même passer tout de suite dans le bureau du médecin, et ce dernier me pose des questions que je peine à comprendre. Ils nous font, là, pendant qu’on parle, une prise de sang pour détecter la dengue. J’ai compris leur intention, quasiment au moment où l’aiguille était dans mon bras, c’est pour dire si c’était rapide. Nous attendons 30 interminables minutes les résultats, allongés sur des bancs en bois, dans la salle d’attente, au milieu de dizaines de cambodgiens malades. Et lorsque les résultats arrivent, nous retournons tout de suite dans le bureau du médecin, pour qu’il nous explique.
Il me dit que les résultats démontrent une dengue ancienne. Je lui demande si elle est ancienne d’une semaine, ou ancienne d’un mois. Il me répond qu’elle est ancienne de 1 an ou plus, pour l’enfant, comme pour moi. Sur l’instant, dans mon état, je n’ai pas trouvé les mots en anglais pour poser les bonnes questions et mieux comprendre. Mais je trouve ces résultats incohérents, nous n’avons jamais voyagé hors d’Europe, encore moins avec les enfants. Les tests ont-ils été bien faits ? Est-ce que j’ai mal compris ce qu’a expliqué le docteur ? En tout cas, pour eux, ils excluent la dengue. Et par élimination, posent leur diagnostic sur une bactérie intestinale, sans autre test biologique. Ils souhaitent nous garder la nuit, car la déshydratation nous guette et pour nous administrer les antibiotiques plus rapidement. Je sors de la consultation désorientée et complètement accablée de devoir passer une nuit ici. Mais je sais, qu’une déshydratation peut être grave et rapide, surtout chez un enfant. Alors, je prends sur moi, d’une manière dont je ne pensais pas en être capable. Ce n’est qu’une nuit. Même pas 24h. Je dois garder ma contenance pour lui, pour ne pas l’inquiéter davantage. Mais les nuits à l’hôpital, ouvrent la porte à des souvenirs et des émotions que j’aurais préféré laisser sous clé. Nous suivons donc l’infirmière, on passe devant des chambres de 5-6 lits séparés par des rideaux. Et là, je prie intérieurement pour ne pas être dans une de ces chambres. La situation est déjà assez difficile à vivre. Heureusement, elle nous amène dans une chambre particulière. Un seul lit. Le problème : nous sommes deux. Mon petit malade va devoir se contenter de la banquette, trop étroite pour moi. Les infirmières nous posent la perfusion, avec la solution de réhydratation.
Il est temps de dire aurevoir au reste de la tribu, qui nous a accompagné et soutenu tout ce temps. Et les aurevoirs sont difficiles, forcément pour eux aussi la situation ravive des moments douloureux. A peine ont-ils passé le pas de la porte, que l’infirmière nous apporte nos médicaments (oraux et intraveineux). Par acquis de conscience, j’essaye de comprendre ce qu’ils nous donnent, car aucune explication ne nous est fournie, et je ne trouve pas de cohérence entre le traitement qu’ils nous donnent et le diagnostic qu’ils ont posé. Mais je n’ai pas le choix de faire confiance. Je ne suis pas médecin, et je n’ai pas accès à l’avis d’autres médecins. Nous ne reverrons personne jusqu’au petit matin. Nous voilà à présent seuls face à nos angoisses, sans rien à manger depuis des heures, le tonnerre qui gronde à l’extérieur. Et l’eau de la pluie qui coule sur mon lit…

J45 : la famille est à nouveau réunie
La nuit fut difficile, non pas à cause des symptômes, qui ont radicalement diminués, mais à cause du simple fait d’être à l’hôpital. Impossible pour moi de trouver le sommeil. Et aussi à cause du froid. J’ai rarement eu aussi froid. Il y avait la clim ET le ventilateur, qui ne s’éteignaient pas. Et j’étais en short débardeur. J’ai demandé seulement un drap car nous n’en avions pas, mais on ne m’en a pas donné en me disant me mettre la clim au minimum. Ok, ça j’y avais déjà pensé. J’avais une robe dans mon sac, même si elle n’est pas très grande, elle peut couvrir en partie le petit malade. Quant à moi, tant pis, je dois finir la nuit ainsi.
En fin de matinée, un médecin passe nous demander comment nous nous sentons. Nous répondons que nous nous sentons mieux donc nous pouvons sortir. Nico et les deux petits loups étaient arrivés quelques minutes plus tôt, le timing est parfait. La nuit n’a pas été très calme pour lui non plus, il a commencé à déclarer les mêmes symptômes la veille au soir. Tout en devant s’occuper seul des deux autres enfants en pleine forme, eux. Heureusement, pour lui, c’est quand même moins violent.
Lorsque l’infirmière arrive pour nous enlever notre perfusion et que je vois l’état de son plateau, je manque de m’évanouir. Il y avait encore les éclaboussures de sang du patient précédent dessus. Là, je prie pour ne pas repartir encore plus malade que ce que nous sommes rentrés. Il est vraiment temps de quitter cet hôpital et de laisser cet épisode derrière nous. Après des formalités administratives interminables (entretien docteur, paiement, récupérer le traitement, remplir les papiers pour l’assurance), nous pouvons enfin rejoindre notre guesthouse. Nous avons eu la chance de pouvoir garder notre chambre deux jours supplémentaires. Et le programme du jour n’est autre que repos et dessins animés. Tout le monde l’a bien mérité.
La question se pose alors, sur le fait de partir à Phnom Penh comme nous devions le faire deux jours plus tôt, ou de rester à Battambang pour continuer notre convalescence. Nous ne sommes pas totalement en état de voyager, mais la guesthouse n’a pas de frigo, nous ne pouvons pas boire frais, ni conserver de la nourriture. Nous sommes donc dépendants de l’extérieur pour tous les repas. Ce qui n’est pas l’idéal dans notre état. On décide donc de partir quand même, dans la capitale. Mais en nous adaptant à notre situation. Au lieu d’un car collectif, nous ferons le trajet en taxi, avec la possibilité de nous arrêter autant de fois dont nous avons besoin, tout en nous faisant récupérer à notre guesthouse, et nous faisant déposer au pied de notre prochain hôtel. Nous limitons ainsi les déplacements et le portage des bagages. Et nous avons réservé, non pas une chambre d’hôtel mais un appartement, avec deux grands lits, une cuisine pour pouvoir manger frais et plus adapté, un frigo, de l’espace… Un fois le trajet passé, même s’il est difficile, les conditions seront meilleures pour nous remettre d’aplomb, et avoir une chance de pouvoir poursuivre nos aventures.
J46 : trajet en taxi direction Phnom Penh
8h30, le chauffeur est très ponctuel. Nous voilà sur le départ en remerciant chaleureusement notre hôte pour sa disponibilité et sa gentillesse, tout au long de nos péripéties. Le trajet en taxi se passe au mieux. Nous nous arrêtons lorsque nous en avons besoin, les enfants sont calmes, il leur a mis un film. Les 6h de routes annoncées, seront finalement 4h30. Cette histoire aura sérieusement impacté notre budget (perte de nos billets de car et de notre première réservation d’hôtel, trajet en taxi, nouvel hôtel plus confortable…), mais nous voulons mettre toutes les chances de notre côté pour arriver à rebondir, et poursuivre notre rêve.






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